Sur Madère-la-verte, de l’eau à tire-larigot!

Venant de Porto Santo, c’est la première chose qui frappe: à Madère, tout est vert! L’eau est partout. Elle nous tombe dessus en pluie fine, dévale les falaises en cascades, glougloute le long des levadas converties en chemins de rando… Enfilez les k-ways, on plonge dans le paradis vert.

 

14 septembre 2021, 7h45 – Hôtel à Santa Cruz

Ce matin, levés tôt pour se rendre au chantier. Objectif du jour: tenter de sortir la pièce défectueuse de la crapaudine où elle est encastrée, et envoyer ses mesures rapidement au chantier META. Si mon père pouvait venir avec la pièce de rechange dans sa valise après-demain, le tour serait quasiment joué!

 

Attention, vidéo technique! On vous explique en détail la réparation effectuée sur notre safran.

 

15 septembre 2021, 21h – Hôtel à Santa Cruz

Aujourd’hui, première randonnée de levada. Confortable, car le long d’une ligne de niveau du début à la fin. Falaise à gauche, fossé de plusieurs dizaines de mètres à droite, vue plongeante sur les îles Desertas au loin. Quelques tunnels, aussi. Depuis le XVème siècle, ces chemins d’entretien des levadas ont mobilisé des milliers d’hommes,  suspendus dans le vide pour creuser la roche. Parfois au prix de leur vie.  Les randonnées de Madère prennent d’un coup une dimension particulière.

La pluie nous a suivis, par courtes averses, toute la journée. Ici, elle a son charme. Elle est indissociable des paysages luxuriants dont nous profitons à foison. Perles sur les feuilles d’acacias, d’eucalyptus, de fougères. Scintillements sur les pétales de fleurs. On ne serait pas étonnés de voir un elfe, une fée, apparaître entre deux branches et traverser le chemin sous nos pieds.

 

 

16 septembre 2021, 8h30 – Hôtel à Santa Cruz

Aujourd’hui, nous quittons Santa Cruz pour Funchal. Mon père arrive! Il aura mis quatre heures pour arriver là où nous avons mis quatre mois. Frais comme une fleur.

 

18 septembre 2021, 19h15 – Hôtel à Funchal

Hier balade dans Funchal, la capitale de l’île. Au Mercado dos Lavradores, les poissonniers écaillent et découpent les poissons-sabre, spécialité de l’île. Longues anguilles noires à tête de monstre. Les madériens les dégustent frits, une banane dans le coin de l’assiette. Madérienne aussi, la banane.

Aujourd’hui, balade sur les hauteurs de Funchal à Monte, où nous nous rendons en funiculaire. Le soleil joue à cache-cache sur la façade de l’église blanche et grise. Dans le Monte Palace Tropical Garden où des plantes du monde entier se disputent l’espace, c’est sur la statue d’une fillette sautant à la corde que la lumière s’amuse. Devant elle, la baie de Funchal. Derrière elle, un manoir abandonné. Comme une âme dans son mouvement, son sourire.

 

 

19 septembre 2021, 19h55 – Hôtel à Funchal

Aujourd’hui, marché 25 kilomètres dans la montagne le long de la levada du Caldeirao Verde, puis jusqu’au Caldeirao do Inferno. Pas prévu de marcher autant. Réflexion de mon père: une randonnée qui démarrait comme une balade du dimanche et s’est finie en expédition amazonienne.

Pluie tout du long. Ici, dès que l’on quitte la côte, elle est quasi-omniprésente. Madère, île de roche et d’eau. La fatigue aidant, les yeux hypnotisés par le courant de la levada qui descend sa montagne depuis des siècles, Apollinaire me revient en tête:

 » L’amour s’en va / Comme cette eau courante / L’amour s’en va / Comme la vie est lente / Et comme l’espérance est violente

Vienne la nuit / Sonne l’heure / Les jours s’en vont / Je demeure

Sous le pont Mirabeau coule la Seine »…

Marcher, longtemps. Mes lèvres murmurent le poème, mes pensées s’envolent. Paris est pourtant loin.

 

 

20 septembre 2021

8h10, hôtel à Funchal – Aujourd’hui, nous remettons Jade à l’eau.  À l’heure qu’il est, nous ne savons toujours pas si nous avons une place dans l’une des trois marinas de l’île pour ce soir. Décidément compliquée pour les bateaux, cette île.

10 heures – Arnaud et Laetitia, de Macajou, viennent de nous obtenir une place à la marina Quinta do Lorde! Au téléphone, on nous avait gentiment éconduits. Lorsque je lui demande comment ils s’y sont pris, Laetitia me dit : « on sait juste être très insistants ». Nous leur devons une fière chandelle.

13 heures – Amarrés à Quinta do Lorde. Première fois que nous mettons les pieds ici, et pourtant. L’impression d’être rentrés à la maison.

 

Après 9 jours au chantier, jade vogue de nouveau sur les flots madériens!
Après 9 jours au chantier, jade vogue de nouveau sur les flots madériens!

 

21 septembre 2021, 22h20 – Marina Quinta do Lorde

Aujourd’hui, balade en voiture au sud-ouest de l’île, jusqu’à Faja dos Padres. Jardin d’Eden calé au pied d’une falaise de 500 mètres, accessible uniquement par le téléphérique le plus vertigineux que j’aie jamais vu. Grosse hésitation avant de monter dans la cabine. Christophe me dira ensuite que j’étais « toute blanche ». Deux-trois maisons à flanc de montagnes, petit chemin bordé de manguiers, avocatiers, bananiers. Très bon petit restaurant, aussi, dans lequel nous goûtons à une glace (délicieuse) de pitanga, un fruit typique de l’île. Plus loin, jetée et plage de galets noirs. Quelques touristes, mais pas trop.

J’aimerais habiter l’une de ces maisons. Juste pour une nuit. J’ai trouvé mon premier bout du monde.

 

 

22 septembre 2021, 23h45 – Marina Quinta do Lorde

Journée de marche à la pointe Sao Lourenço puis dernière soirée de mon père à Madère. Dîner dans le cockpit de Jade avec Arnaud et Laetitia. Même si nous n’avons pas pu l’emmener en navigation à cause des soucis sur notre safran, je suis contente que mon père ait pu avoir un aperçu de notre petite vie en marina, entourés de bateaux amis.

Juste avant d’aller se coucher: « c’est extraordinaire, ce que tu fais, ma fille. J’aurais aimé faire ça moi aussi. Tu es heureuse, ça se voit. Je n’ai besoin de rien de plus ». Certaines phrases ne s’oublient pas.

 

 

23 septembre 2021 – Marina Quinta do Lorde

16h50 – Il y a deux heures, avons laissé mon père à l’aéroport. Ce matin, c’est Macajou qui partait pour les Canaries. Hier soir c’est Toucan, un autre bateau-ami, qui larguait les amarres. Trois bateaux de l’ARC les ont remplacés. Ce soir donc, à nouveau seuls. Entourés d’inconnus.

19 heures – Venons d’étudier attentivement la météo. Après la pétole des jours à venir, le vent forcit : 25 à 30 nœuds sur les fichiers météo, donc potentiellement 5 à 10 de plus dans la réalité. Des conditions trop musclées pour un mouillage à peu près serein aux îles Selvagens, que nous souhaitons visiter. Commençons à prévoir de passer une semaine de plus à Madère.

Tout change, tout le temps. Au début du voyage, je tentais malgré moi d’y résister – évidemment sans succès. À présent, je commence à l’apprécier. Plus facilement, je l’avoue, lorsqu’il s’agit de rester plus longtemps que prévu dans un endroit superbe que de devoir le quitter dans la précipitation.

 

 

24 septembre 2021, 15h – Marina Quinta do Lorde

On nous avait dit que la réponse des autorités prenait huit à dix jours. Pour nous, pour des raisons inconnues, elle aura pris moins de 24 heures. Ce caillou désert au milieu de l’océan, nous allons pouvoir y mouiller, y débarquer. Ce caillou dont les seuls habitants sont un ranger et les oiseaux.

Nous irons aux Salvagens.

10 Comments

  1. Vous êtes inspirants . Le bateau, naviguer sont vraiment des vecteurs de liberté… madère , les îles salvagens où j espère aussi pouvoir m arrêter un jour avec mon équipage familial… encore un peu de temps pour nous passer du rêve à la réalité!!
    Mais on va vous suivre sur la suite de votre balade avec plaisir pour partager vos émotions, et votre bonheur

  2. Merci beaucoup Jacques. Nous tentons d’être sincères, de partager nos grands émerveillements et nos petites galères… Heureux que cela puisse inspirer, voire donner quelques envies aux futurs voyageurs sur mer!

  3. Magnifique voyage, je confirme, transcendé par les mots d’Estelle. Et un petit aperçu de la vie sur le bateau. Et encore merci à vous deux pour votre accueil si chaleureux.

  4. Cette fois, c’est la rupture de connexion wi-fi locale qui a avalé, temporairement j’espère, notre proche pensée du Maroc englobant amis et Papa….
    Si je ne le retrouve pas, j’essaierai de rebâtir cette communion d’esprit à notre retour.
    Tâchez de sécher au soleil puisque vous avez trouvé plus humide que le pays basque….
    Bizzz Roger

  5. Super blog, comme d’hab…. J’ai presque envie de me mettre a la voile, c’est dire ! Mai bon, ayons pitie des sauveteurs….
    Comme dit ton papa, Estelle, vous irradiez le bonheur, et c’est vraiment top. Continuez ainsi et essayez d’user plus de safran dans la cuisine que sous la quille, c’est moins stressant, j’imagine.

    A bientot les jeunes

    PS : je n’ai pas d’accents sur mon clavier QWERTY

  6. Que c’est magnifique toute cette végétation luxuriante! Très belles photos Estellou, petit faible pour la statue de la fillette!!
    Hé oui, ils étaient bien là les petits elfes et les jolies fées … cachés sous les feuilles ou encore endormis dans la corolle d’une fleur, en tout cas ils vous ont accompagnés, c’est sûr et ça se voit rien qu’à votre sourire ! vous irradiez de bonheur, alors profitez en bien et continuez à nous faire rêver !!
    Pleins de bisous,
    Sylvainoute.

  7. Heureux de vous avoir rencontré ! Profitez et racontez nous votre escale aux Selvagens… Contrairement à nos plans initiaux, nous avons fait l’impasse… Au plaisir !

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