
Chili, nous voici!
Après un mois en mer nous redécouvrons, émerveillés, la vie terrienne. Pas n’importe laquelle : celle de Puerto Montt, dernière grande ville du Sud du Chili, porte d’entrée des canaux de Patagonie… Il nous faut l’abandonner au bout d’un mois car la France nous rappelle, mais ce n’est que partie remise. Rendez-vous en septembre 2025!
4 décembre 2024 – Entrée du canal Chacao, Chili
10h30, baie de Puerto Ingles – C’est reparti. Deux heures de calme après 32 jours de mer, et il nous faut déjà relever l’ancre. Puerto Ingles n’est que la toute première étape de notre arrivée au Chili : nous nous y sommes arrêtés afin d’attendre la renverse de marée qui nous permettra de passer sans encombre le canal Chacao. Tout à l’heure en arrivant, nous avions 5 nœuds de courant dans le pif. A présent, si nos informations sont exactes et si nous avons bien compris le colonel de l’Armada qui nous a répondu à la VHF, nous devrions les avoir avec nous.
11h30, passage du canal Chacao – 12 nœuds : record de vitesse pour Jade ! Nous devons avoir 5 ou 6 nœuds de courant en notre faveur. Le canal Chacao est un tourbillon géant qui sert d’aire de jeux aux oiseaux et aux otaries. Notre gros voilier rouge, à la merci des remous, fait bien pataud là-dedans.
16 heures, remontée des canaux vers Puerto Montt – Je n’en peux plus. Un mois en mer, nuit blanche la nuit dernière… Je lutte chaque seconde pour ne pas m’écrouler. Cette remontée jusqu’à Puerto Montt est interminable. Belle, ô combien, mais interminable tout de même ! Nous réalisons maintenant, en parcourant les 50 derniers milles de cette traversée qui en compte près de 4000, l’immensité de la mer intérieure formée par l’île de Chiloé à l’Ouest et, à l’Est, par la côte chilienne. Nous le savions, nous commençons à peine à en faire l’expérience : la Patagonie est une immensité, la découvrir va requérir beaucoup, beaucoup de temps.
18h30, mouillage d’Isla Chinquío – Venons de jeter l’ancre sous des trombes d’eau. La marina de Reloncavi, à moins d’un mille au Nord de notre position, préfère que nous arrivions demain matin afin de coordonner au mieux le passage des différentes administrations que nous devons voir. Ce soir donc, nous dormons où nous pouvons. Allons faire chauffer une énième soupe lyophilisée, et nous effondrer. Une bonne nuit de dix ou onze heures tous les deux dans le même lit pour la première fois depuis un mois : royal. Avec un peu de chance, nous aurons meilleure mine demain matin pour nous présenter aux officiels.

5 décembre 2024 – Club Nautico Reloncavi, Puerto Montt, Chili
17h30 – Le soleil pointe enfin son nez, après une journée de pluie en continu. Quatre des cinq services de l’Etat chilien que nous devions voir à notre arrivée se sont succédés à bord ces dernières heures : immigration, santé, douanes et contrôle phytosanitaire. Pour les douanes, un quiproquo administratif nous a obligés à déplacer Jade jusqu’à la marina d’à côté – ce dont nous nous serions bien passés. Quant au contrôleur du ministère de l’agriculture, il nous a simplement confisqué les deux oignons qui nous restaient, que nous lui avons présentés spontanément dans un sac en plastique – s’il avait trouvé quoi que ce soit de frais planqué dans nos placards ou nos soutes, en revanche, c’était amende immédiate. Strict et néanmoins sympathique. Il nous restera demain à accueillir l’Armada, mais nous sommes d’ores et déjà libres de poser pied à terre.
A la marina proche des douanes, nous voyons des lions de mer de près pour la première fois!
Nos amis Emma et Bernard du voilier Kea, arrivés quelques jours avant nous, étaient là ce matin pour prendre nos amarres. L’accueil de la marina Reloncavi fut à la fois aimable et efficace. Les sanitaires sont propres, la machine à laver fonctionne, le bus qui mène à la ville s’arrête juste de l’autre côté de la route. Il y a même un petit restaurant que nous pourrons tester demain. Après un mois en mer, les petits riens qui rendent la vie plus belle ou un peu plus confortable comptent triple.
Ça y est, la tension descend pour de vrai. Plus qu’à se poser sur le roof pour prendre notre premier apéro chilien en se dorant la pilule.
20 heures – Le Père Noël est passé ! En revenant de la douche (chaude, et propre, et spacieuse), sommes tombés sur une offrande de nos amis de Kea : une soucoupe emplie de fraises, l’autre de tomates, avocats et citrons… avec du pain frais ! Le genre d’attentions, après un mois en mer et une journée entière bloqués au bateau, qui va directement au cœur. Merci merci merci les amis ! On a notre pique-nique de produits frais pour ce soir, on est comme des fous !
Minuit – Un mois (et même certainement un peu plus) que nous ne nous sommes couchés aussi tard. Quel bonheur de retrouver nos amis ! Avons passé la soirée à nous raconter nos navigations respectives, qui n’ont été faciles pour personne… Vivre des expériences pareilles, y’a pas à dire, ça rapproche.
Cadeau de Noël en avance: retrouver des produits frais à se mettre sous la dent, et des amis pour boire des coups (Emma, Bernard et leur fils Malo)
7 décembre 2024 – Club Nautico Reloncavi, Puerto Montt, Chili
14h30 – Libres, enfin ! Ça y est, le militaire de l’Armada, accompagné de quatre collègues policiers en gilet pare-balles, vient de quitter le bord. Il était le dernier représentant de l’Etat chilien que nous devions voir, tout est en règle.
Emma de Kea nous a proposé une petite sortie en ville, avons encore un bon bout d’après-midi devant nous. C’est parti !
20 heures – Ah, la vie terrienne… Ce petit restaurant de la marina, que nous avons testé ce midi : deux plats au choix, fish and chips ou lasagnes… Plaisir indicible de déguster un bon plat simple cuisiné par quelqu’un d’autre que soi, entouré des premières décorations de Noël, avec un feu de cheminée artificiel dans un coin. Kitch à souhait. J’adore.
Cet après-midi, Emma et son fils Malo nous ont servi de guides vers les boutiques les plus intéressantes du centre-ville de Puerto Montt : glacier, marchand de fromage, vendeur de ceviche tout frais tout prêt, immense quincaillerie. Un bus passe toutes les dix minutes sur la route juste devant la marina, moins d’un euro le trajet par personne : on risque d’y aller souvent !
Retrouver l’agitation d’une ville. La diversité des produits sur les étals. La multiplicité des usages et attitudes de nos contemporains. Les odeurs de friture. Les gens qui parlent fort. Les jambes encore un peu flageolantes après deux heures de marche (elles n’ont pas fourni un tel effort depuis cinq semaines), on s’assoit sur un banc du front de mer et on reste vingt minutes à s’emplir des mouvements perpétuels de cette humanité qui nous a manqué.
Ce soir, verre rapide avec Bary, du voilier Gringo, amarré au bout du ponton : il est capitaine d’un grand Garcia de 50 pieds et connaît la Patagonie et l’Antarctique comme sa poche, prêt à partager un tas d’infos. Ce que nous avons lu dans des guides ou sur des blogs depuis des années en prenant des notes, à partir de maintenant, nous allons en croiser les auteurs… Pas plus mal d’avoir décidé de décaler notre descente des canaux à l’année prochaine : avec plus de temps devant nous, nous serons mieux informés, donc mieux préparés.
Première virée en ville!
8 décembre 2024 – Club Nautico Reloncavi, Puerto Montt, Chili
8 heures – Petit matin calme et ensoleillé sur le canal Trenglo. Je prends mon thé et un bain de soleil sur le roof, ma polaire sur le dos. C’est cela, en un mois, qui m’avait le plus manqué : le silence. Coup de soleil sur les panneaux solaires : moi aussi, je recharge mes batteries.
15 heures – Après-midi en ville. Pour la première fois depuis Tahiti il y a plus de deux mois, avons arpenté les rayons d’un hypermarché. On ne savait plus quoi acheter. Perdus dans l’abondance. Galerie marchande tout aussi impressionnante, sur quatre étages, toutes les grandes marques internationales de fringues alignées… On est où ?
Puerto Montt n’est pas très belle, mais elle est hyperactive. Et puis, son front de mer rattrape tout – on descend avant notre arrêt de bus, pour en profiter à pied. Devant nous, tout là-bas, des sommets enneigés. Qui nous attendent. C’est certain.
Pour cette seconde sortie en ville, on décide de tout faire à pied (et de passer par le marché de San Angelmo). On goûte aussi notre premier curanto!
Ambiance Noël un brin martiale sur le front de mer de Puerto Montt…
9 décembre 2024 – Club Nautico Reloncavi, Puerto Montt, Chili
11 heures – Quelle soirée ! C’était la dernière de nos amis Emmanuelle et Bernard ici, à Puerto Montt. Avons fini vers trois heures du matin, après avoir englouti des milliers d’histoires de vie et quelques verres de rhum… Cet après-midi, ils larguent les amarres vers le Grand Sud. Seront en Antarctique en janvier. Espérons bien les revoir en France dans quelques mois, qu’ils nous racontent tout ça !
Départ de Kea vers l’Antarctique!
10 décembre 2024 – Club Nautico Reloncavi, Puerto Montt, Chili
23 heures – Incroyable : la Balade de Jade est suivie depuis le Chili ! Il y a deux jours, avons trouvé un petit mot sur le bateau, plié en quatre, caché dans un coin : « nous sommes Luis et Monica, Chiliens; nous avons vécu plus de trente ans en France, nous serions heureux de vous rencontrer ». Ils viennent de quitter le bord après un apéro (Monica avait apporté une bouteille de Pisco Sour maison !) qui s’est vite transformé en dîner-plâtrée-de-pâtes. Avons rendez-vous la semaine prochaine pour qu’ils nous emmènent découvrir la région de Puerto Varas où ils habitent, à 20 kilomètres d’ici.
Cette rencontre, nous n’en revenons toujours pas. Monica et Luis viennent s’ajouter à la liste des amis que nous nous sommes faits grâce aux réseaux et à internet depuis le début du voyage. Comme quoi. Cela peut avoir du bon.

11 décembre 2024 – Club Nautico Reloncavi, Puerto Montt, Chili
12h30 – Pas de vent et grand soleil ce matin. En avons profité pour descendre le génois – pas une mince affaire avec cette vis baladeuse sur le profilé qui nous empêchait de le faire coulisser. Cette elle qui, en mer, lorsque notre enrouleur de génois a cassé, fut la cause de notre chalutage (comprendre : lorsque l’une des voiles se retrouve à l’eau et passe sous le bateau, un épisode passablement stressant à relire ici). Une matinée entière de boulot : on s’était laissés une semaine pour récupérer, et ça repart déjà !
14 heures – David vient de passer à bord. C’est un Anglais installé ici, ingénieur, spécialiste des gréements. Un coup d’œil à notre enrouleur et il expose son diagnostic : un joint qui a lâché, des billes qui sont parties, le tube interne qui s’est fissuré… Il conclut que nous avons bien fait de ne pas vouloir forcer pendant la traversée. Il revient dans quelques jours avec des pièces sorties de son atelier : éventuellement réparable… mais pas sûr… Un Anglais, quoi.
12 décembre 2024 – Castro, île de Chiloé, Chili
21h30 – S’endormir face au dégradé de gris de la baie de Castro sous les dernières lueurs du soleil. Doucement, la marée monte. Les canards se laissent porter par le courant, lentement, très lentement, un mètre à l’heure. Une barque a fait son apparition dans mon champ de vision. Le rameur, aussi indolent que les palmipèdes, se complait dans le sur-place. Beauté, lenteur, luxe de pouvoir regarder le temps qui passe à travers une fenêtre d’hôtel bien choisi. Bon anniversaire.
Nous l’avions décidé depuis le milieu du Pacifique, en pleine traversée: si jamais nous parvenions à atteindre le Chili avant mon anniversaire, nous irions le fêter en découvrant l’île de Chiloé (ses églises en bois, ses maisons de pêcheurs sur pilotis… nous y reviendrons)!
17 décembre 2024 – Club Nautico Reloncavi, Puerto Montt, Chili
Minuit – Les coups de foudre amicaux, ça existe. Avons passé une superbe journée en compagnie de Luis et Monica. Leurs visages se superposent à ceux d’Emma et Bernard de Kea, de Soazic et Manu de Diabolo, de Claire, Philippe, Edith et Roger qui nous attendent à Biarritz, de Catherine et Thierry, Fabienne et Stéphane, et la petite famille d’Emilie à Tahiti, de Karine et Didier sur Liberty 2, d’Esther, David, Agathe et Clémence rencontrés à Ribadeo, première étape de voyage de Jade, il y a maintenant trois ans et demi… Tous ces visages de gens qui, ces derniers mois, ces dernières années, ont éprouvé de l’intérêt pour notre voyage, pour nous, pour la façon dont nous le racontons. Je leur suis reconnaissante à un point que je ne saurai jamais vraiment exprimer.
De Puerto Varas au sommet du volcan Osorno avec Luis et Monica.
19 décembre 2024 – Club Nautico Reloncavi, Puerto Montt, Chili
23h30 – Encore une chouette soirée dans le carré de Jade – car oui, depuis que nous sommes ici, les apéros se déroulent en intérieur ! Ce qui ne gâche rien à l’ambiance. Jade, dirait-on, a été pensée pour ça.
Après Emma, Bernard et leur fils Malo, après Hugues et Hubert arrivés directement de Nouvelle Zélande la semaine dernière dans leur bateau jaune et qui ont pris leur place vacante au ponton, après Bary et Perrine de Gringo qui savent tout de la navigation dans les canaux, après Laurence et ses coéquipiers Damien et Marc qui atterrissent d’un mois passé dans le Nord patagon à bord de Goéland Argenté, après tout ce beau monde, donc, avons accueilli ce soir Wendy et Peter de Pinecone, voilier américain en partance pour la Polynésie. Cette succession de rencontres qui s’organisent en un clin d’œil, c’est l’une des facettes de la vie en bateau que nous préférons. Avons entamé notre dernière bouteille de rhum de Taha’a, avec un ceviche de saumon-crevettes-avocats acheté au centre-ville.
Ce matin, avions parcouru la moitié de la ville pour trouver un désinfectant pour le désalinisateur, qui ne va pas tourner pendant plusieurs mois. Trois heures de recherche et une petite fortune dépensée en taxi pour un produit dont nous ne savons pas s’il va faire l’affaire. C’est ça aussi, la vie de bateau.
20 décembre 2024 – Club Nautico Reloncavi, Puerto Montt, Chili
9 heures – Les amis du voilier Belharra viennent d’arriver ! 21 jours de navigation depuis les Gambier, à quatre équipiers. Journée formalités pour eux, allons essayer de leur trouver des cerises en ville. Il y a deux semaines, c’est Kea qui nos accueillait avec des fraises, et le bonheur de croquer dans un fruit après des semaines en mer m’est resté sur la langue.
Belharra arrive!
25 décembre 2024 – Sur la route entre Puerto Montt et Santiago, Chili
16 heures – Quel Noël ! Venons de passer trois heures à déjeuner avec Monica et Luis devant le lac et les sommets enneigés de Puerto Varas. Un déjeuner de Noël entre amis qui ne se connaissaient pas il y a encore deux semaines.
Hier soir, pour le réveillon du 24, c’était plâtrée de pâtes surprise à bord de Belharra.

La veille, nous dînions avec Wendy et Peter d’une délicieuse grillade au Fogon de Pepe, dans un joyeux mélange d’anglais, français et espagnol auquel s’est mêlé le sympathique serveur, Rodrigo, et le fils du gérant (Pépé, donc, auquel appartiennent les fourneaux).
Entre tous ces repas partagés avec chiliens, français et américains, avons tout de même trouvé le temps de sortir Jade de l’eau. Ce matin, au moment de la laisser pour huit mois, je lui ai dit aurevoir en lui promettant d’extraordinaires histoires à vivre ensemble à notre retour. Le type d’histoires pour lequel elle a été construite et préparée toutes ces années. Un nouveau chapitre dans sa balade à travers les océans. Une nouvelle page dans laquelle elle exprimera pleinement son potentiel de voilier de grand voyage. Et nous, notre potentiel d’aventuriers.
Quelques images de nos derniers jours à Puerto Montt, puis de notre remontée en voiture via Valparaiso (la photo de la baie nous a coûté une vitre brisée à notre voiture de location) et Santiago du Chili (où nous avons bu un Pisco Sour au bar « Le Normandie »!)
On vous remet ci-dessous notre dernière vidéo, celle de notre arrivée au Chili, histoire de se remettre dans le bain…
A bientôt !

























































Merci pour cette re-plongée inspirante dans vos aventures…
Je suis en train de préparer mon OVNI pour bientôt sillonner ces beaux coins de notre petite planète bleue.
Bon vent les amis.
Génial, bonne préparation Olivier!
bonjour . je vous vois sur cette video barre . c est pour le plaisir ? ou que le pilote ne tient pas ? pour notre part les deux traversees nz/chili chili /tahiti / chili , comme depuis 26 ans on ne barre jamais , avec un bateau bien plus petit que le votre . c est h24 pilote , au niveau de la fatigue je pense que ca fait un gros ecart . guy
re je pense que vous allez croiser bernard de la cardinal , qui doit redescendre de tahiti cette annee .
Bonjour Guy. Si nous barrons de temps en temps, c’est pour le plaisir et pour ne pas perdre la main. Nous essayons de barrer tous les jours un peu, notamment quand les conditions sont un peu fortes.
C’est toujours étonnant de voir tant de navigateurs dans des endroits si reculés, comme quoi la passion nous donne de ailes. Bon vent et merci pour ces beaux reportages.
Pas faux! Et en Patagonie, nous le découvrons, pas mal de navigateurs français…
je vous suis depuis la France, bravo
mais ne nous laisser plus sans nouvelles aussi longtemps !
Ça fait plaisir de voir des nouvelles de Jade et de la traversée jusqu’auChili. Bonne continuation !