
Quelque part au bout du monde…
Ça y est, nous y sommes: la pointe du bout de l’Amérique latine, trois mois et 3000 kilomètres après avoir quitté Puerto Montt. Pour cette dernière partie du parcours, Jade met le cap à l’Est et à sa grande surprise, vers un temps plus clément. Objectif: la ville la plus australe du monde, Puerto Williams. Bienvenidos al fin del Mundo.
7 janvier 2026 – Caleta Brecknock – Caleta Silva, Chili
6h15 – Au revoir à la Caleta Brecknock, qui nous aura magnifiquement protégés pendant cinq jours. Les 50 nœuds de vent de la nuit du 5 janvier nous sont passés dessus sans que nous nous en rendions compte ou presque, quelque part au-delà des mornes pitons rocheux qui nous entourent. Pour nous, à hauteur d’homme et de voilier, quelques rafales à 20-25 nœuds pendant une heure ou deux, puis plus rien. En avons également profité pour faire plus ample connaissance avec nos voisins canadiens du voilier Give’r, Magda et Tim, dont la trace suit ou précède la nôtre systématiquement depuis notre départ de Puerto Montt il y a plus de deux mois. Ils prévoient d’arriver à Puerto Williams dans un jour ou deux, nous nous laissons un peu plus de temps: les glaciers du bras Nord du canal Beagle sont à portée d’étrave.
La Caleta Brecknock… surpeuplée!
Ce matin, il fait presque beau – au sens patagon, s’entend : pas de pluie, quelques trouées de ciel bleu. En avançant à présent vers l’Est et en nous éloignant de la côte Pacifique, la météo va-t-elle (enfin) s’améliorer ? Les prévisions nous donnent quatre jours d’affilée de vent favorable et pas trop fort, du jamais-vu depuis notre traversée du Golfe des Peines il y a un mois. Croisons les doigts, restons vigilants.
7h15 – Un dos de baleine vient d’émerger à dix mètres sur bâbord ! Vision aussi forte qu’éphémère. L’appareil photo n’a pas eu le temps de dire ouf.
7h40 – Je viens de passer 25 minutes sur le pont à me nourrir du paysage. Les premières gouttes de pluie m’en ont chassée.
Enfin quelques rayons de soleil qui transpercent la couche grise des nuages. Enfin, le baromètre qui remonte un peu, annonçant des conditions anticycloniques pour quelques jours. L’impression d’avoir traversé le mois de décembre en courbant l’échine, en baissant la tête, à la merci des éléments. Depuis le Golfe des Peines, les dépressions se sont succédées sans discontinuer. Ce matin, je contemple le paysage dans le même état d’esprit qu’après une traversée océanique d’un mois : avec un regard neuf, qui n’a pas vu de couleurs sur les montagnes depuis plusieurs semaines. Je rêve d’une fin en apothéose, maintenant que nous n’avons plus de passage sensible à traverser et de fenêtre météo à guetter. Je sens mon capitaine moins anxieux, aussi. Jade, elle, nous a menés jusqu’ici sans se soucier de nos états d’âme, et je lui en sais gré. Forte, fiable, chaleureuse : fidèle à elle-même.
A la sortie de la Caleta Brecknock, qui nous a servi de refuge plusieurs jours: premiers voiliers croisés en sens inverse, premiers rayons de soleil depuis un mois… et des cartes toujours aussi peu fiables!
10h50 – Pour la première fois depuis longtemps, les paysages autour de nous non seulement existent, mais ils ont un arrière-plan visible : les sommets enneigés de la Cordillère de Darwin, sur notre bâbord. De l’autre côté de la chaîne montagneuse, les copains de Cap’ s’offrent un beau détour pour aller voir les glaciers de la face Nord. Dans quelques jours ce sera notre tour de partir explorer, sur la face Sud.
14h10 – Troisième voilier que nous croisons en sens inverse depuis ce matin ! Deux suisses, un français. Les ports d’Ushuaïa et Puerto Williams se rapprochent, et avec eux, la civilisation.
18 heures, Caleta Silva – Posés uniquement à l’ancre (quel pied de ne pas avoir eu à sortir les amarres !) dans la Caleta Silva. Il ne pleut pas, le vent est tombé et ne devrait pas monter cette nuit : un ensemble de conditions favorables que nous n’avons pas connu depuis un bail.
20 heures – J’espérais que Christophe se motive, sans trop oser le lui demander – il est fatigué… J’ai été servie au-delà de mes espérances : il vient de passer la soirée à nous graver une plaque de bois au nom de Jade, à accrocher demain à l’un des arbres du fond de la baie qui en portent déjà quelques dizaines ! Gravure, remplissage, application d’une couche d’huile pour espérer la protéger un peu des intempéries. Demain, nous ne prévoyons qu’une courte navigation : aurons largement le temps d’aller l’apposer aux côtés des autres avant de lever l’ancre.
Travaux manuels à la Caleta Silva – et on sent qu’il va bientôt falloir arriver, le Capitaine en étant réduit à lécher les miettes de chocolat au fond du paquet…
7 janvier 2026 – Caleta Silva – Caleta Alakush, Chili
9 heures – Venons de quitter la caleta Silva sous un soleil radieux. Pas un souffle de vent et au loin, les blancs sommets de la Cordillère de Darwin qui nous attendent. Jade quitte ces lieux en y laissant un bout d’elle-même, donc un bout de nous-mêmes. Son nom figure désormais parmi ceux des bateaux et des équipages « qui l’ont fait ». Si l’on m’avait dit cela il y a six ans à La Rochelle alors que je n’étais jamais encore montée sur un bateau, j’aurais bien rigolé… Émus.
Jade est passée par là!
10 janvier 2026 – Caleta Beaulieu – Caleta Mediodia, Chili
9h45, Seno Pia – Deux demi-journées dans le Seno Pia à la découverte de ses glaciers. Ce matin à l’aube, sous un soleil encore une fois étincelant, face au glacier Romanche devant lequel nous avons passé la nuit, je me suis dit que rien que pour cet instant, tous nos efforts de ces trois derniers mois n’avaient pas été vains.
Retour sur notre passage sportif du détroit de Magellan (à relire ici) et visite aux glaciers du Seno Pia en vidéo!
N’avons pu malheureusement rester qu’une seule nuit dans ce lieu enchanteur, du vent fort de Nord-Ouest étant annoncé pour la nuit prochaine. Les rafales, en face du glacier, risquent d’être costaudes. Grosse journée de navigation en perspective dans le bras Nord du canal Beagle, avec pour objectif de nous éloigner le plus possible de la zone où ça soufflera le plus fort.
10h30 – Changement de programme : 15 nœuds de vent dans le pif, nous n’avançons pas aussi vite qu’espéré. La grosse journée de navigation se transforme en toute petite : au lieu de viser un mouillage au-delà de la zone météo critique, allons plutôt éviter de trop nous avancer à l’intérieur.
14h30, Caleta Mediodia – Venons de finir d’installer nos six amarres dans ce qui est peut-être la crique la plus petite dans laquelle nous ayons ancré depuis le début du parcours. Quel contraste avec l’immensité glacée que nous avions sous les yeux ce matin au réveil ! Et puis… il fait chaud: 17 degrés au thermomètre alors que ce matin, il n’en indiquait que 4 !
19 heures – Christophe a voulu encore renforcer notre amarrage avec deux lignes de pêcheurs supplémentaires. Difficile de faire la part des choses entre la prévoyance et la paranoïa… Les nerfs de l’équipage sont tendus, et ce depuis des semaines. Il est temps d’arriver.
Caleta Mediodia: la baie la plus étroite que Jade ait connue depuis le début du parcours.
11 janvier 2026 – Caleta Mediodia, Chili
3h30 – Rafales à 20 nœuds à l’anémomètre, au moment où les prévisions météo annoncent le vent le plus fort de la nuit, à plus de 40 nœuds : aurions-nous, malgré tout, bien choisi notre abri ? Dernier coup de vent, a priori, avant notre arrivée à Puerto Williams.
16 heures – Balade sur les hauteurs de notre petit nid. On marche dix minutes et Jade devient invisible, calfeutrée dans la forêt dense qui l’entoure. Il fait frais (me suis enrhumée) mais le soleil darde régulièrement ses rayons sur nous : depuis quelques jours, la météo a vraiment changé. La météo, meilleure, et la végétation, moins dense : à présent, chaque arrêt dans une nouvelle baie nous donne l’occasion de mettre pied à terre et d’en profiter.
Balade sur les hauteurs de la Caleta Mediodia et derniers produits frais du bord.
12 janvier 2026 – Caleta Mediodia – Puerto Williams, Chili
8 heures – Dans le bras Nord du canal Beagle, Jade progresse vers l’Est. Elle laisse derrière elle un paysage bouché de nuages bleus. Les glaciers Romanche puis Italia se déversent directement dans le canal. La Patagonie d’ici a un tout autre visage : plus accueillant que plus à l’Ouest et au Nord. Je m’attendais, au contraire, à une hostilité grandissante… Invitation à y passer plus de temps, peut-être, l’année prochaine ? A explorer cette zone en elle-même, pour elle-même ?
L’horizon se referme derrière nous à mesure que nous avançons, comme pour nous interdire de revenir un jour en arrière – vers les furieuses dépressions d’Ouest qui viennent s’éventrer sur les Andes (et à qui ça ne plaît pas, de s’éventrer, on les comprend bien).
8h30 – Quatrième voilier que nous croisons depuis ce matin : journée sans vent, les bateaux en partance vers l’Ouest en profitent, l’occasion est rare. Des places libres pour nous à Puerto Williams ?
13h15 – Jade passe devant… excusez du peu… Ushuaïa ! Avons été appelés deux fois à la VHF, par les Argentins puis par les Chiliens. Sommes en règle et totalement transparents sur nos intentions – arriver à bon port. Daniel, le copain du voilier Belharra arrivé à Puerto Williams il y a plus d’une semaine, nous dit qu’il y a de la place pour nous au ponton du Micalvi et que son équipage est prêt à prendre nos amarres à l’arrivée. Qu’elle soit prévue pour demain… ou ce soir. Porque no ?
14h10 – Décision prise : nous poussons jusqu’à Puerto Willimas aujourd’hui. Estimated Time of Arrival (ETA) : 17h30. Les copains nous accueillent à couple de leur bateau.
15h40 – Est-ce que verser une larme dans des jumelles peut faire qu’elles restent collées sur les yeux ? La cardinale Nord marquant le haut fond devant la baie de Puerto Williams vient d’apparaître sous le soleil. Derrière elle, les falaises blanches de l’île Gable, qui coupe le canal en deux.
Après trois mois et 3 000 kilomètres de navigation en autonomie, Jade atteint son objectif le 12 janvier 2026 à 17h30 : Puerto Williams, la ville la plus australe du monde. Accueillie par le soleil et les copains, s’il vous plaît.
17h30, Puerto Williams – Cinq copains à poste pour nous accueillir à couple de Belharra. En cinq minutes, Jade est amarrée au quatrième rang contre le Micalvi, ce vieux bateau mythique coulé à l’embouchure de la rivière et qui sert ici de ponton à tous les voiliers. Bienvenue dans la ville la plus australe du monde.
22 heures – Bien longtemps que nous ne nous sommes couchés aussi tard ! D’abord ti-punch de rigueur à bord de Jade, puis spaghettis bolognese à bord de sa voisine Belharra. Sur les pontons, avons croisé Magda et Tim de Give’r et fait la connaissance des propriétaires du voilier Shazzam… avec lesquels nous avons des amis communs, la petite famille du voilier Pikaïa avec laquelle nous avons traversé le canal de Panama il y a trois ans! (portrait paru dans Voiles et Voiliers, à lire ici) Pas vu autant de monde d’un coup depuis… tiens, impossible de me souvenir.
13 janvier 2026 – Micalvi, Puerto Williams, Chili
13 heures – Première sortie en ville ce matin. Avons rentré les bottes et ressorti les chaussures. Avons mis vingt minutes à retrouver nos porte-monnaie, qui n’ont pas servi depuis des semaines. Premier arrêt au bureau de l’Armada, où j’étais passée dès hier signer tous les papiers mais où le Capitaine devait néanmoins se présenter aujourd’hui. Visite, en suivant, au Terminal Pesquero, où nous apprenons qu’il sera impossible de sortir Jade de l’eau avant… début mars. « Au plus tôt ». On nous avait assuré qu’il y aurait des places au sec, que rien ne servait de se mettre sur liste d’attente… Mais la saison de pêche vient de finir, tous les professionnels ont investi la place.
Pour se consoler de cette mauvaise nouvelle (à laquelle il va falloir trouver une solution), arrêt au MiCafé de Gabriela pour un cappuccino – crumble aux pommes face au quai des ferries. Gabriela: une Argentine parlant un français impeccable, et pour cause : elle a fait ses études à Paris! Plus exactement m’explique-t-elle, elle a vécu en région parisienne… Plus exactement, dans le 78… Plus exactement… à Maisons-Laffitte ! La cité voisine de la mienne ! C’est en voyageant toujours plus loin que l’on réalise à quel point le monde n’est petite bille exigüe. Vrai cappuccino et vrai crumble aux pommes dégustés au chaud sur des tables en bois près d’un feu de cheminée, entourés de livres donnés par les bateaux de passage : l’extase.
Dernière étape du jour au supermarché, où nous n’avions pas grand-chose à acheter car nous ne manquons de rien à bord : quelques carottes et quelques pommes, ça fera l’affaire pour aujourd’hui. Les deux denrées dont nous disposons encore en quantité sur le bateau sont le chocolat, cher au Capitaine, et le fromage, cher au Second. Avions tellement peur de manquer qu’il nous en reste un tas !
Visite-surprise à bord de Jade, un soir à Puerto Williams: Philippe Joubert (3ème en partant de la droite), frère de l’architecte Michel Joubert, qui a construit notre bateau! Merci à Eric de Turkheim d’avoir mené tout ce beau monde jusqu’à nous.
20 janvier 2026 – Micalvi, Puerto Williams, Chili
21h45 – Une semaine à Puerto Williams, et je ne reprends la plume que maintenant. Une semaine pour atterrir, pour digérer. Réaliser. Se laisser imprégner par la douce et chaleureuse ambiance de cette ville de 1 500 âmes qui panse les plaies, les mauvais moments, le stress, les craquages. Ils sont derrière nous, reste la magnificence des canaux.
Dès le lendemain de notre arrivée, avons fait la connaissance de Gustavo, avec qui nous nous sommes accordés pour le gardiennage de Jade dans les mois à venir. Le jour suivant, séance de cinéma à l’école de voile Cedena, et dès le lendemain, visite des élèves à bord de Give’r, Belharra puis Jade – je fais la visite en espagnol, pas très à l’aise… mais ils me pardonnent. « Jade es un velero un poco especial… » « Si si, se puede ver ! ».
Premiers cappuccinos depuis trois mois, première supérette, premier burger, premières bières. Ne pas oublier son bonnet avant de sortir, ni son K-Way : il peut faire grand soleil quand on sort, parfois très froid à cause du vent, et une heure après, il pleut à verse. Première soirée au Micalvi, lieu mythique pour les plaisanciers du monde entier : le bar est fermé mais on peut demander à l’Armada, gérante des lieux, l’autorisation de l’ouvrir le temps d’une soirée. Seuls les bateaux ayant passé le Cap Horn ou tutoyé les côtes du continent Antarctique ont le droit d’apposer leur fanion sur les vieux murs en bois… Pour nous, si tout va bien, dans quelques mois.
Première grande balade à pied, aussi : une douzaine de kilomètres le long de la côte Sud du canal Beagle, vers l’Ouest. On est tout rouillés. Oies sauvages, ibis, canards, vaches et chevaux en semi-liberté, le tout dans un paysage de plages grises et de marais, Dientes de Navarino en arrière-plan N’irons pas tenter les sommets avant notre départ dimanche : nos jambes ont d’abord besoin d’une remise en forme.
Une semaine à Puerto Williams… ambiance.
Ferry réservé pour Punta Arenas, donc, dans cinq jours. Aurons le loisir de découvrir la dernière grande ville du Sud du Chili pendant une semaine avant de nous envoler vers Santiago, puis l’Europe. La famille, là-bas, nous appelle.
Solution trouvée pour Jade : l’une des quatre bouées entretenues par l’Armada à l’embouchure de la rivière, le Seno Lauta – avons été chanceux de trouver la dernière bouée libre à notre arrivée, nous sommes jetés dessus. Moins rassurant que de laisser Jade au sec, même si tout le monde nous assure que beaucoup de voiliers de charter optent pour cette solution depuis des années sans aucun problème. 30 nœuds de vent annoncés cette nuit, on va pouvoir tester.
Départ des amis de Belharra vers Ushuaïa, l’île des Etats puis la remontée des côtés argentines!
25 janvier 2026 – Puerto Williams, Chili
16 heures – Le Kawéskar appareille. Les Dientes de Navarino scintillent dans le soleil au-dessus des minuscules toits blancs de Puerto Williams. La dernière fois que nous avons enroulé la bouée Nord qui délimite le haut-fond de l’entrée dans la baie, c’était dans l’autre sens, à bord de notre propre bateau.
Comme à chaque fois, de laisser Jade, j’ai le cœur qui étouffe.
Départ en ferry pour Punta Arenas, la grande ville du Sud du Chili.
26 janvier 2026 – Ferry Puerto Williams – Punta Arenas, Chili
21h40 – Lire Qui se souvient des Hommes de Jean Raspail, tragique histoire des populations autochtones du détroit de Magellan, dans le ferry qui porte leur nom et qui longe les rives où ils établissaient jadis leurs campements. Iles Santa Ines, Clarence et Carlos III, canaux Barbara et Cockburn : sans regarder la carte en exergue du roman, je sais les positionner pour y avoir mouillé avec mon voilier, ou être passée à proximité.
22h20 – Les lumières innombrables de Punta Arenas s’alignent sur la rive: notre première grande ville depuis trois mois. Impression de m’éveiller d’un songe. Je sais, pour l’avoir déjà vécu, que l’adaptation se fera vite. Que cet état de stupeur ne sera que passager. Il est celui du voyageur qui a voyagé suffisamment longtemps et loin de ses repères pour regarder ses contemporains avec des yeux nouveaux, curieux. Lavés de toute routine.
27 janvier 2026 – Punta Arenas, Chili
20 heures – Punta Arenas est, à n’en pas douter, l’une des villes au monde qui compte le plus de monuments historiques par habitant : hommages à Magellan, bien sûr, mais aussi à Shakleton dont l’équipage laissé en Antarctique fut sauvé par un remorqueur de l’Armada chilienne, à la goélette Ancud qui amena les premiers migrants chiliens depuis Chiloé, au XIXème siècle, vers ces rives hostiles. Ceux-là ont droit à une statue sur la Costanera. Sinon, ailleurs en ville et dans le désordre : monument au berger qui colonisa la Terre de Feu (El Ovejo), à l’indien inconnu qui fut décimé par lui, monument au pétrole (aujourd’hui première ressource économique de la région), monument aux pays, nombreux, qui envoyèrent leurs forces vives développer ces contrées sauvages.
Régulièrement, le Capitaine et moi échangeons un regard qui veut dire : « te souviens-tu que nous sommes arrivés ici, en ce lieu mythique, par nos propres moyens, avec notre propre petit bateau ? ».
Dans les rues de Punta Arenas.
29 janvier 2026 – Punta Arenas, Chili
19h30 – Visite au site historique de Fuerte Bulnes : première tentative de colonie chilienne au milieu du XIXème siècle, dans le but d’établir une souveraineté chilienne incontestable sur le détroit de Magellan. Beau promontoire pour tout bien surveiller, mais invivable : des semences qui pourrissent, des hommes qui tombent comme des mouches… On décide de déménager la colonie en un lieu de John Byron avait nommé, un siècle auparavant, « Sandy Point » : Punta Arenas, la pointe de sable.
Le Chili moderne a décidé d’honorer les lieux en y construisant un fort en bois identique à l’original, intégré dans un parc à la Disneyland. En contrebas, la tentative espagnole d’établir une cité au nom du roi Felipe, 300 ans plus tôt, n’a droit qu’à un écriteau dans les broussailles. On essaie d’imaginer le quotidien de ces premiers colons, qui seraient morts de froid ou de faim sans les quelques denrées troquées avec les Indiens du coin. On se dit que seuls en autonomie pendant trois mois dans les canaux, on a pu en avoir un aperçu.
Un canal de Magellan chargé d’histoire…
29 janvier 2026 – Punta Arenas, Chili
20h30 – Avions furieusement envie de voir la Boca Oriental du détroit de Magellan, côté Atlantique – après s’être pris 50 nœuds dans sa Boca Occidental il y a pile un mois. Contraste saisissant : paysages lunaires, arides et plats. Nos premiers guanacos, et même un tatou ! Le thermomètre de la voiture de location affiche 28 degrés à l’extérieur. Mais où sommes-nous?
La Patagonie, côté Est : à proximité de la frontière argentine, l’humidité constante et les hauts sommets que nous avons côtoyés pendant trois mois laissent place à des étendues sèches à perte de vue.
On imagine Magellan et ses hommes s’enfoncer d’Est en Ouest dans ce détroit si large que d’une rive, on voit à peine celle d’en face. Navigant d’abord parmi ces dunes sèches puis sous une pluie à faire pourrir la chair et les os, perdus au milieu des glaciers suspendus. C’était certainement à n’y rien comprendre. La main de Dieu, sans doute.
Les glaciers de la Cordillière des Andes depuis le hublot de notre vol Punta-Arenas – Santiago…
A bientôt!











































































No Comment