Lisbonne et l’Algarve: on dirait le Sud

À Lisbonne, nous arpentons les rues d’Alfama sous 35 degrés. À Portimao, l’eau de la mer frôle gentiment les 21. Les parasols ont fleuri sur les plages, et à bord de Jade, on se fabrique de l’ombre. Serait-on… au sud au cœur de l’été?

 

10 juillet 2021, 22h – Marina de Cascais

Aujourd’hui, navigation de 46 miles en 8h30 entre Peniche et Cascais. Peu de vent au démarrage, on tente les voiles en ciseaux, on finit par allumer le moteur. Vers midi, à hauteur des collines de Sintra, il se lève pour de vrai. Au cap Raso il s’établit à 25-30 nœuds, avec des pointes à 33. Jade apprend le surf. De mon côté, à chaque nœud de vitesse supplémentaire que j’expérimente, je grandis.

Demain, direction Lisbonne.

 

Lisbonne, escale technique. Remontée du Taje, réparation de voile et bimini tout neuf!

 

13 juillet 2021 – Marina Parque das Naçoes, Lisbonne

8h20 – Premier matin depuis un bail qu’on ne met pas de réveil. La séquence de ces quatre derniers jours m’a épuisée: navigations relativement longues, vent parfois fort, entrées et sorties de port pas évidentes. Mon expérience continue de grandir.

20h – Après-midi courses au grand centre commercial Vasco de Gama – tout ce qui est grand et moderne, à Lisbonne, porte ce nom. Le quartier Parque das Naçoes, où se trouve la marina, est étrange: mélange entre un Forum des Halles et un parc de La Villette, avec le Taje en guise de canal Saint Martin. Autour du centre commercial et de l’aquarium, des appartements aux volets clos, des magasins fermés. Cet ensemble urbain sorti de terre pour l’exposition universelle de 1998 n’a, semble-t-il, pas vraiment pris racine dans la ville. Les lisboètes s’y promènent le dimanche en baskets et poussettes.

 

15 juillet 2021, 16h – Marina Parque das Naçoes, Lisbonne

Ce matin, avons marché jusqu’à la place du Commerce depuis la marina. 1h30 sous un ciel sans nuages à 36 degrés. La bonne idée.

Bu une limonade et mangé quelques tapas sous l’œil protecteur de Vasco de Gama (encore lui). Cette statue, cette place, signifient quelque chose pour nous: c’est là que le 31 décembre 2019 à minuit, nous avons fêté le passage à 2020. L’explorateur portugais bénissait notre projet de voyage sous l’apothéose de sons et lumières du Jour de l’An. Nous pensions alors pouvoir partir 6 mois plus tard… Le Covid en a décidé autrement. Nous nous devions de passer lui rendre nos hommages.

Car ça y est. On est bel et bien partis.

 

 

16 juillet 2021, 18h – Marina Parque das Naçoes, Lisbonne

Cet après-midi, visité pour la seconde fois l’aquarium de Lisbonne. La première fois, j’avais 18 ans. Le lieu m’avait impressionnée. Aujourd’hui…  Dans le bassin central, un poisson-lune de deux mètres de diamètre fait sa tournée d’inspection d’un œil morne. Dans la section dédiée à l’Antarctique, une vingtaine de manchots de Magellan piétinent de faux rochers maculés de fausse neige.

Un jour, je verrai les poissons de la section « Pacifique » en plongée, et les manchots sur leur banquise, depuis le pont de Jade. Ce jour-là, c’est moi qui serai tolérée dans leur domaine. Ils ne seront pas animaux de foire, mais sauvages et libres. Ils seront dix fois plus beaux.

 

19 juillet 2021, 15h – Sur le Taje

Pas eu le temps de dire aurevoir à Lisbonne. Christophe a identifié une accalmie de vent, nous sommes partis. Pas eu le temps d’éprouver la nostalgie de quitter un port où nous sommes restés une semaine, où nous avons rencontré des gens, pris nos marques – le petit supermarché du coin, le balade du soir le long du Paseo de Neptune. La nostalgie fera-t-elle partie du voyage?

 

20 juillet 2021, 13h30 – En mer

Sines en vue! Grandes cheminées émergeant de la brume, pétroliers de 300 mètres de long au mouillage. Il y a quelques mois, quand nous préparions ce voyage, j’avais repéré Sines comme un charmant village de pêcheurs à ne pas louper… Mais elles sont où, les petites maisons blanches accrochées à flanc de colline? Et la citadelle? Wikipédia m’apprendra dans quelques heures que Sines est également le premier port industriel du Portugal. Il y a une petite baie dans la grande. Un écrin doublement protégé où sont logés le port de pêche et la marina. Notre abri pour la nuit.

 

 

22 juillet 2021, 19h30 – Mouillage de Portimao

Changement d’ambiance. Portimao, comme la Méditerranée qui s’inviterait au Portugal: trente bateaux au mouillage, musique disco dans le lointain, rassemblements d’apéros sur la plage. C’est fou, ce contraste. La nuit dernière, face au vent, à la mer… la jet-set était bien loin. (À lire ici: notre épique passage du cap Saint-Vincent par 40 nœuds de vent!).

Là, aujourd’hui, je ne sais plus trop où j’habite.

 

25 juillet 2021 – Mouillage de Portimao

7h50 – Réveil au mouillage comme on aime: calme, lumière douce, aucune ride à la surface de l’eau. Petit thé chaud pour faire infuser tout ça. Marée presque basse, trois mètres de profondeur. Sur la jupe arrière de Jade, un kikoï tanzanien autour de la taille, le capitaine se tond la barbe. Contrainte zéro. Liberté. Je commence à comprendre.

23h – Aujourd’hui, marché de Ferragudo à Carvoeiro en longeant la mer. Falaises ocres sculptées par la mer et la pluie: arches, grottes… Après deux heures à monter et descendre dans les cailloux, arrivée décevante au village de Carvoeiro : patelin artificiel, villas de luxe et centre-ville qui sonne faux. Des touristes en guise d’habitants, avec une unique destination: la plage.

 

 

Dans la région, tout le monde parle des orques, des orques… Mais quid des attaques de Léon le poisson?!? (qui appartient à l’espèce fort affectueuse des balistes, paraît-il)

 

26 juillet 2021, 20h15 – Mouillage de Portimao

Aujourd’hui, loué une voiture pour aller voir le cap Saint-Vincent, de jour. Comme un besoin. Europcar nous a choisi une Fiat 500 décapotable. J’ai oublié mon foulard chez Catherine Deneuve.

10 kilomètres avant Sagres, sur la route qui court vers l’Est, le ciel se couvre. On recapote la décapotable. Décidément, le cap Saint-Vincent veut nous en faire baver. Sur le parking bondé, devant le phare, un camion vend des saucisses allemandes dans des hot-dogs. Combien, parmi ces touristes, ont vu le cap comme je l’ai vu? Dans 40 nœuds de vent? Une loupiote blanche qui tourne dans la nuit? Je repense à ce moment, quelque 10 milles au large d’ici, vers une heure du matin, où dans mon demi-sommeil j’ai imaginé cette visite pépère du cap. Au pied des falaises de 80 mètres, ce matin, un type tout seul sur un kayak se fait sa petite visite privée des grottes en contrebas. Je n’arrive pas à me replonger dans l’état d’esprit de cette nuit-là. Comme un autre lieu. Un autre temps.

 

 

29 juillet 2021, 23h20 – Mouillage de Portimao

Demain, départ de Portimao. Nous y sommes restés au mouillage une semaine, notre record jusqu’ici. Un rythme de vie particulier, fait de pas grand-chose. Nager jusqu’à la plage, marcher jusqu’au village, nager de retour au bateau, manger, siester, écrire, boire l’apéro, voir des amis.

Aujourd’hui, cela fait deux mois pile que nous sommes partis de La Rochelle. Comme un symbole, nous avons déjeuné ce midi à bord de Jade avec une sympathique petite famille rencontrée à la première escale de notre voyage, Ribadeo, à la sortie du Golfe de Gascogne: Esther, David, Agathe et Clémence, première rencontre du voyage. Comme un autre symbole, nous avons dîné ce soir avec Gwen, Jo et Elouan, les dernières personnes avec lesquelles nous avions bu un verre à La Rochelle avant de partir.

Deux mois. Je ferme les yeux. Je n’y crois pas.

 

3 Comments

  1. Super, merci de nous faire rêver encore une fois , nous sommes en Méditerranée, pour l’instant vers Marseille et bientôt Porquerolle et la corse .
    bisous a tous les 2 .

  2. Merci Samah et Régis! Profitez bien de la Méditerranée, saluez Pole-Pole de notre part! Bises à tous les deux.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.