Les Rias Bajas soufflent le chaud et le froid

Passé le cap Finisterre, on bascule dans un autre monde. Une côte plus peuplée, moins austère … et 10 degrés de plus au thermomètre. Avec juste, parfois, une petite dépression de rien du tout. Initiation à la vie au mouillage par tous temps.

 

13 juin 2021, 22h – Marina de Muros

Ce matin, petit pincement au cœur au départ de Camariñas. Au bout de seulement trois jours passés au même endroit : je suis mal barrée pour le reste du voyage. Derrière nous, un ciel grenadine.

Le passage du cap Finisterre s’est fait sur une mer d’huile et sans un souffle de vent. Des dauphins sont venus jouer une vingtaine de minutes autour de l’étrave. À deux reprises un animal solitaire, plus gros, nous a montré le bout de son dos – une petite baleine?

 

Passage du Cap Finisterre sans un nœud de vent.
Passage du Cap Finisterre sans un nœud de vent.

 

Ce soir à Muros, ambiance d’orage. Lumière dorée de fin du monde sur l’eau du port. Les nuages noirs sont arrivés pendant que nous prenions l’apéro dans le cockpit avec deux inconnus. Deux gars venus nous demander « c’est quoi ce bateau? », une question que l’on nous pose souvent. Jade attire les curieux. Trois heures de discussion, ils viennent de repartir. Nous ne savons pas leurs prénoms.

 

 

14 juin 2021, 13h30 – Marina de Muros

30 degrés à l’intérieur du bateau, 34 degrés dehors. Nous adoptons les horaires espagnols: lever tôt, balade, retour vers 14h, déjeuner, sieste, re-sortie à partir de 17h. L’après-midi, tout est fermé.

Dans la vieille ville (qui n’est pas grande), ce matin, pas moins de cinq églises. Et une scénette de village comme on les aime: sur la petite place où nous avons bu notre chocolat, une fillette de 3 ans poursuivait une gaviota devant un public de vieux habitués tout attendris. Le grand-père, une douceur infinie dans les yeux, tentait en vain de rabattre le volatile vers la petite. Une partie des clients du café s’est levée pour prêter main forte. Sans succès.

 

15 juin 2021, 23h – mouillage de Cabo da Cruz, ria d’Arousa

Ce matin, partis tard de Muros. Christophe a dû plonger dans le port pour récupérer le bouchon du réservoir d’eau qu’il a fait tomber par 7 mètres de fond. L’occasion de tester notre narguilé en conditions réelles… et de s’offrir un petit rafraichissement.

 

Plonger dans le port de Muros, un vrai plaisir!

 

Ce soir, au mouillage dans la ria d’Arousa, le ciel et l’eau hésitent entre le rose et le gris. Calme plat. Au loin sur les montagnes, de grands éclairs orange.

Vers dix heures le bateau d’à côté, La Périchole, pavillon français, nous crie de nous connecter à la VHF. Ils vont eux aussi vers le sud mais moins vite que nous. Nous n’en saurons pas plus. Ils nous demandent une adresse mail. Deux minutes plus tard, nous recevons une photo de notre Jade en trait d’union entre mer et ciel. Monet est passé par là.

 

Merci à Pascal et Patrick de La Périchole pour leurs photos.
Merci à Pascal et Patrick de La Périchole pour leurs photos.

 

17 juin 2021, 7h30 – Visite de Saint-Jacques-de-Compostelle sous la pluie – à lire ici!

 

19 juin 2021 – Mouillage de Bueu, ria de Pontevedra

13h15 – Mouillage comme souvent depuis que nous sommes dans les rias bajas : peuplé, devant une plage fréquentée, un village, une usine au loin sur la colline. Aujourd’hui, nous avons même des fenêtres d’immeubles qui donnent pile sur Jade. Des voisins, quoi.

18h45 – Christophe reçoit pour la troisième fois un commentaire « bon voyage pépé » sur Youtube. C’est aussi pour ça, ce journal de bord. J’en ai les larmes aux yeux.

22h30 – Mon premier quart d’ancre. Le vent s’est renforcé. Pas autant que prévu pour le moment (20 nœuds), mais le capitaine joue la prudence. A priori, nous sommes ici protégés du vent de sud. A priori, les rafales annoncées jusqu’à 50 nœuds ne devraient pas entrer dans la ria. Mais un a priori, plus un a priori… ça finit par faire un quart d’ancre.

 

Un dimanche au mouillage comme on les aime!

 

 

 

 

 

 

20 juin 2021, 16h – Mouillage de Bueu, ria de Pontevedra

 

Nuit bizarre. 25 nœuds de vent vers 3 heures du matin. L’ancre n’a pas bougé mais dans mon demi-sommeil, j’ai rêvé trois fois que Jade se retrouvait sur les rochers, dans les parcs à moules, sur le bateau d ‘à côté. De ces rêves très réels qui réveillent en sursaut.

Avec le mauvais temps, c’est encore un autre rythme de vie qu’il faut trouver. Un rythme au ralenti, un peu comme un confinement. Pour l’instant, je tourne en rond et ça me tape sur les nerfs. Le capitaine, lui, semble s’en accommoder parfaitement.

Ces jours de pluie sont un avant-goût de Patagonie. Il faut que j’apprenne à lâcher prise. Complètement. Cesser de porter des jugements, même sur le temps qu’il fait. J’imagine que les vrais marins ne s’énervent pas face à la météo. Qu’elle est dans leur peau. Qu’elle est telle qu’elle est. Bonne au mauvaise.

Demain, si le temps s’améliore un peu, nous irons à Combarro, LE joli village de la ria.

 

 

22 juin 2021 – Marina de Combarro

8h30 – Je viens de finir le dernier paquet de Granola. Le voyage commence vraiment.

Hier, pour la première fois depuis que nous sommes en Espagne, on nous a demandé à la capitainerie si nous étions vaccinés. « Juste pour info ». Nous avons appris du même coup que le port du masque ne serait plus obligatoire en Espagne à partir du 26. À  peu près quand nous avons prévu de passer au Portugal.

Combarro est joli avec ses horreos alignés devant la baie. Sa Rua do Mar  fait quand même un peu Disneyland.

22h – Ce soir, étude de la météo pour les jours à venir. Le soleil revient, le vent tombe. C’est ce dont nous avons besoin pour passer nos premiers quatre jours d’affilée au mouillage. À nous les îles Cies!

 

 

26 juin 2021, 9h – mouillage plage das Rodas, îles Cies

Ce matin, brouillard sur les îles Cies. Depuis le fond de la ria de Vigo, le soleil peine à percer. Lumière blanche. Nous nous mettons tout de même en route vers Biaona. 5 milles au moteur. Un jour, il faudra quand même m’expliquer… C’est quoi, ce temps?!?

 

 

 

 

6 Comments

  1. Que de souvenirs à vous voir dans la baie de Vigo et les ruelles de Baiona…!!
    Pour Estelle : si le blues se fait trop fort, on peut envoyer des paquets de Granola « poste » restante » à tous les points clé de votre parcours !!
    MDR !!

    Et puis comme disait Confucius*, c’est le mauvais temps qui fait apprécier le beau temps !

    * je ne suis pas sur pour Confucius, c’est peut être de Desproges ou de Francis Blanche !!

  2. Haha, merci Daniel! On a trouvé des ersatz de Granola en Espagne (mais rien ne vaut les originaux, il manque comme un ptit truc)… Et Desproges et Francis Blanche sont des philosophes au moins aussi profonds que Confucius! Des bises.

  3. Bonjour les Jades. Que de souvenirs ces Islas Cies. Merci de nous faire partager ces moments. Je me rappelle qu’après ma baignade au Cies, j’avais attrapé une fièvre à 39,5. Mais c’est vrai que je n’avais pas été aussi prévoyant que vous; je ne m’étais pas dopé au Ti-Punch…
    …..Ici, sur C5, la vie continue….

  4. Haha! Le Ti-punch était après la baignade, pas avant… Ça doit être pour ça qu’elle était si froide! On essaiera dans l’autre sens la prochaine fois, t’as raison. Bises à la ptite famille, et nos salutations distinguées au clan du C5!

  5. Superbe reportage, ça donne envie. Je me régale de vous lire et j’adore les photos, elles illustrent très bien les commentaires. Bien le bonjour à tous les deux.

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