La Costa da Morte: quand c’est le vent qui fait le programme

Elle ne s’appelle pas comme ça pour rien, la Côte de la Mort. Ici, c’est le vent qui décide. Une base du voyage en bateau que Christophe connaît mais que je commence tout juste à intégrer… Avec les Rias Altas de Galice, je suis à bonne école.

 

1er juin 2021, 22h20 – Marina de Ribadeo

Deux soirs que nous sommes arrivés, après notre traversée du Golfe de Gascogne. Deux soirs que le même type, sur la digue en face, passe sa nuit à pêcher dans le port. Hier soir à 23h, il fut l’unique mais attentif témoin de l’amarrage de Jade au tout premier ponton de son voyage. Il ne le saura jamais. C’est quoi, la vie de cet homme? Nous ne le saurons jamais.

 

3 juin 2021, 16h45 – Mouillage dans la ria de Viveiro

Ce matin, partis sous la pluie, au moteur et la houle de face de la ria de Ribadeo. À travers le brouillard de mes pensées (à la fois matinales ET nauséeuses), j’ai tout de même pu constater qu’elle était bien large, cette passe qui me semblait si étroite de nuit dans l’autre sens!

6 heures de navigation chahutée, mais le soleil était au bout de l’étrave. À présent, petite plage de sable très clair, montagnes boisées, ciel sans nuages. L’îlot d’Area tangue au rythme du roulis de Jade. C’est beau… Envie de dormir.

 

 

5 juin 2021, 15h45 – Mouillage dans la ria de Cedeira

Aujourd’hui, superbe navigation. 15-20 nœuds de vent au portant le long des falaises entre Viveira et Cedeira. Murailles de pierre systématiquement flanquées sur leur cap  d’un petit phare blanc, accessible par une route en zigzag. Navionics indique une quantité non négligeable d’épaves dans le coin.  Un petit voilier blanc, pendant trente minutes, remonte au près au pied de la montagne. Ils sont nombreux, comme lui, qu’elle a broyés au fil des siècles.

 

Passage du cap Ortegal par 15-20 nœuds de vent portant et peu de houle… On sentait la Jade heureuse! Avec une petite surprise au milieu…

 

6 juin 2021, 14h30 – Entrée dans la ria de La Corogne

À notre bâbord, le méthanier LNG FUKUROKUJU, 293 mètres de long, 49 mètres de large et 11,9 mètres de tirant d’eau, escorté par quatre bateaux-pilotes, entre tranquillement dans la baie de Ferrol. À notre tribord, l’ombre de la Tour d’Hercule se détache déjà sur la côte. Nous entrons dans la ria et le vent monte… est-ce que quelque chose m’a échappé? 25 nœuds, la mer moutonne. Affalage de la grand-voile devant l’entrée de la marina. Le marinero que j’ai à la VHF m’indique le ponton 2… Mais il y a vingt places possibles, au ponton 2!

15h30 – Ouf, on est amarrés. Bientôt, ce genre d’entrée au port avec du vent de travers ne me fera plus rien. Pour l’heure, vous m’excuserez, mais je m’en vais m’écrouler.

 

8 juin 2021, 22h – Marina de la Corogne

Chouette journée de visite à La Corogne. Torre de Hercules à pied le matin (avec respect drastique des règles sanitaires, ils ne rigolent pas ici): 235 marches pour monter en haut du plus vieux phare du monde encore en activité. Le long des murs romains jusqu’au sommet de l’édifice, une rampe servait à acheminer l’huile pour alimenter le feu. La lumière qui guide les bateaux le long de cette côte périlleuse est la même depuis 2000 ans.

Ce soir, petit resto Praza de la Constitucion, sous les arbres, parmi les profs et les étudiants. Nous tombons sur le seul serveur haïtien de La Corogne (c’est lui qui le dit). Donc francophone. Il nous raconte sa vie de voyages entre Haïti, la Dominique, l’Espagne et les États-Unis pendant que nous engloutissons nos sardines grillées aux pimientos y patatasPetit détour pour saluer l’église romane de Santiago avant de partir. Une soirée comme on aime.

23h – Retour à la marina. Sur la digue en face, trois pêcheurs passent la nuit sur leur chaise pliante.

 

 

9 juin 2021, 6h15 – Marina de la Corogne

Déjà prêts à repartir. Un coup de vent se prépare sur la cap Finisterre. Tous les bateaux que nous croisons vont le passer directement depuis ici. Nous faisons le pari de faire un stop en route pour continuer de découvrir la région, quitte à devoir ensuite attendre une météo plus favorable.

Je réalise que je n’ai pas encore acquis la tournure d’esprit qu’il faut pour voyager en navigant: jusqu’au dernier moment, ne pas savoir où l’on va, ce qu’on va faire. Christophe réfléchit déjà comme ça. Moi, j’ouvre un guide, je lis qu’un endroit est chouette à voir, j’ai envie d’y aller. Mais c’est le vent qui décide. Nous, on s’adapte. Depuis plus de trente ans, on m’a expliqué (et j’ai bien intégré) qu’il était bon de tout préparer en avance. Ici, on prépare tout à fond pour, au besoin, tout chambouler au dernier moment. Notre force réside dans notre capacité à improviser. On sautera de belles étapes et on en découvrira d’autres non prévues au programme. Se laisser porter par le vent. Ça signifie quelque chose.

 

10 juin 2021, 18h45 – Marina de Camariñas

Hier, arrivée dans la ria de Camariñas avec 20 nœuds de vent. Nous pensions nous poser tranquillement au mouillage (j’avoue, les arrivées au mouillage me stressent moins), mais non, trop de vent, paf, on se prépare à un amarrage en urgence à la marina. Personne ne répond au téléphone ni à la VHF (une première pour moi, qui fais déjà l’effort immense de tenter la chose en espagnol), donc improvisation totale… Nous identifions une place en bout de ponton, Christophe négocie l’approche, je saute (toujours dans 20 nœuds de vent), j’attache, et ne vois pas le pare-battage avant emberlificoté dans l’amarre. Il explose sous la pression. J’en reste toute tremblante, Christophe sourit: le bateau n’a pas une égratignure, nous non plus.

Dans quelques semaines, je sourirai aussi. Si si.

 

Coup de vent sur le Cap Finisterre! On s’est mis à l’abri à Camariñas, juste au Nord. On le sent quand même un peu passer, le truc: 25 nœuds constants et rafales à 35 dans la marina.

 

13 juin 2021, 5h20 – Marina de Camariñas

Lever à 5 heures pour quitter Camariñas. Une escale de trois jours dictée par la contrainte du vent sur le cap Finisterre. Nous avons pris le temps de découvrir un endroit dont les plages de sable blanc et les falaises de granit rose n’ont rien à envier à la Bretagne Nord. Et surtout… Surtout, nous y avons fait une rencontre que, sans le vent, nous n’aurions jamais faite. Une rencontre qui ferait presque croire aux miracles…

Mais ça, c’est pour le prochain article! (à lire ici)

 

16 Comments

  1. Superbe mise en bouche !
    Les arrivées en marinas… tout un programme que les navigatrices pourraient toutes écrire à plusieurs mains !!!
    en fait, nous les mecs au surnom de skipper ou de capitaine, on glande à la barre pendant que nos amies (épouses) sautent sur les pontons et se bagarrent avec les aussières et les pare battage !!!

    Du vécu… du vécu !!
    effectivement Estelle, quand tu reliras tes propres lignes dans quelques mois… tu seras la première à sourire !
    BONS VENTS LES AMOUREUX !

  2. J’espère effectivement que le stress va baisser un peu, sinon je risque des complications cardiaques… 😉
    Merci Daniel!

  3. Vous savez ma passion pour la navigation et bien là, vous me faites presque envie 🤪
    C’est très agréable de vous suivre et vous voir tous les deux
    Toute la famille vous suit et vous envie 👍
    Bises

  4. Haha, merci Véro! Jusque là en tous cas (on touche du bois), Jade fait un sans faute… On l’a bien préparée, grâce à vous!
    Bises à toda la familia.

  5. Superbe la vidéo avec les dauphins
    Continuez a nous faire rêver .. nous les terriens
    Patty & Hugo

  6. Vous suivre ….Est comme la lecture d ‘un livre ,dont la page suivante est encore blanche,
    Magnifiques moments et prises de vues…
    bises à tout les deux
    Abdel & Wafaa

  7. Vous suivre ….Est comme la lecture d ‘un livre ,dont la page suivante est encore blanche,
    Magnifiques moments et prises de vues…
    bises à tout les deux
    Abdel & Wafaa

  8. Je re-poste mon commentaire car ça n’a pas dû fonctionner. Merci pour l’accueil et la bière à Muros. Très beau bateau et programme bien chargé. Bonne balade et au plaisir de se croiser à nouveau sous d’autres latitudes.
    Pierre

  9. Merci Pierre pour ton commentaire! Effectivement, nous n’avions rien reçu… On se disait justement qu’on avait passé un super moment ensemble et qu’on n’avait ni vos prénoms, ni vos contacts. La chose est donc réparée! Au plaisir de se recroiser, et bon vent!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.