Premier quart de nuit

Première navigation de nuit pour moi, première à bord de Jade pour Christophe. Cirés, bonnets et lampes frontales sont de sortie. Prêts à larguer les amarres.

 

Les loupiotes rouge et verte se balancent en haut du mât. Derrière elles tout là-haut, la voie lactée. Tapis de lanternes blanches sur fond noir. Figé. Première nuit sur un bateau mouvant et tanguant, en mer.

 

 

22h30. La mer a avalé la boule rouge du soleil il y a une demi-heure. Sa lumière subsiste, pourtant. Devant l’étrave, le croissant minuscule de la lune vire à l’orange. Le soleil n’est pas vraiment couché, la lune pas franchement levée. Entre-deux.
Christophe vient de stopper le groupe électrogène. Silence. Enfin… non. La houle. Le vent. Quelques degrés de cap au pilote, et nous passons à cinq nœuds. La musique des vagues change.

Minuit. On sort les cirés. L’odeur de la mer. Il aura fallu le noir complet pour qu’elle se fasse remarquer. Ma tasse de tisane est vide, mes paupières s’alourdissent un peu.

1h30. Je dors. D’abord dehors, emmitouflée dans mon plaid, puis sur la banquette du carré. Je dors, mais j’entends. Un winch électrique qui fait quelques tours. Une drisse qui tape. Le pilote qui couine par instants. Lorsque Christophe vient me chercher pour virer de bord, je suis debout instantanément. Dormais-je réellement ? Je sais que les réveils ne seront pas toujours aussi faciles.

3h. Christophe se couche, « pour une demi-heure ».  Me laisse seule à la veille… Est-il fou? Je ferai de mon mieux pour faire durer son repos plus longtemps.
Tablette à la main, jumelles autour du cou, je combats la fatigue en comptant les flash du Phare des Baleines. Quatre. La carte dit juste. Sur la côte, le halo de lumière des Sables d’Olonne et une rangée de points rouges – des éoliennes ? Dans le chenal entre l’île de Ré et le continent, au-devant de nous, un bateau de pêche tous feux dehors. Ses projecteurs trouent la nuit, quasi-sans lune. A la jumelle, je distingue son feu vert. Au moins ne pêche-t-il pas dans notre direction.
Seule sur la mer dans le noir, je me laisse surprendre par une pensée pour mon grand-père, qui fut marin. Lui qui m’a simplement légué un journal de bord, et ne m’a jamais rien raconté. Je n’en ai peut-être jamais été aussi proche.
Un courant infléchit légèrement notre route, je joue de quelques degrés du pilote, mais n’ose pas faire plus. Un jour, je saurai.

3h45. En quelques secondes, le bruit de l’air a changé. Le génois faseye. Nous étions au près, nous sommes passés face au vent. Christophe est déjà debout, empoigne la manivelle de winch. J’aurai tenu à peine plus que la demi-heure promise.

4h30. Faim. Une envie – inédite – d’une bonne petite soupe instantanée aux nouilles chinoises. A ajouter dans la check-list des fonds de placards.
Premières lueurs sur les cuves du port de La Pallice. Bientôt, le pont de l’île de Ré couronnera mon premier lever de soleil en mer.

Petit aperçu de l’ambiance en vidéo.

3 Comments

  1. Merci de nous faire partager cette merveilleuse aventure. C’est un réel plaisir de te lire Estelle. Bon vent à vous deux…
    David

  2. coucou les bananas,
    merci pour le lien de votre Blog, nous adorons et pouvons que vous dire d’aller au bout de votre rêve, profitez de la vie….. big bisous de jacouille et Tchoupi

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