
Islas Guaitecas : un parfum d’aventure…
Chiloé derrière elle, Jade découvre un tout autre monde: celui de l’archipel des Guaitecas, plus sauvage quoiqu’encore habité. Elle y fait l’expérience de son premier mouillage « à la patagonne », de son premier coup de vent… et de son dernier ponton avant un bout de temps.
11 novembre 2025 – Puerto San Pedro, Chiloé, Chili
13h30 – Après sept heures passées dans la soute, notre groupe électrogène semble fonctionner à nouveau. Je dis “semble” car nous avons, par trois fois déjà, cru que c’était bon – et ça ne l’était pas. Cette fois, ça dure un peu… Il ne s’agissait que d’un désamorcage du circuit de gasoil, mais il a nécessité l’emploi de la pompe électrique et beaucoup d’insistance.
Avec un peu de chance, la vie “normale” va pouvoir reprendre – la vie en-dehors des soutes du bateau. Départ pour la traversée du Golfe du Corcovado repoussé à demain.
Atelier bricolage dès l’aube pour le capitaine.
19h30 – Si nous étions partis hier comme prévu, jamais je ne l’aurais vue! Une petite loutre vient de s’approcher du bateau. J’étais en train de rêvasser sur le pont en pensant à la chance que nous avions d’être ici lorsque Christophe me l’a montrée: elle nageait sur le dos, quelque chose entre ses pattes avant qu’elle croquait avec acharnement – une coque, un os? Je crois que c’est la première fois que j’en vois une.
20h30 – Le bureau de l’Armada de Quellón se soucie de nous… Alors que nous envoyons tous les soirs notre position au MRCC Chili, copie au MRCC Puerto Montt (comme il nous a été demandé), la succursale de la grande ville du Sud de Chiloé nous demande ce soir, par mail, où nous sommes et où nous allons. Il est vrai que nous les avions prévenus par VHF de notre arrivée dans la baie de Quellón il y a deux jours et que nous ne les avons pas rappelés au moment du départ… Avec les autorités chiliennes, mieux vaut communiquer trop que pas assez.
Notre première loutre de Patagonie (difficile à filmer, on a fait comme on a pu…)!
12 novembre 2025, traversée du Golfe du Corcovado
6h35, Puerto San Pedro, Chiloé – Démarrage moteur. Allons lever l’ancre pile à l’étale de marée haute, le courant de marée descendante devrait gentiment nous pousser vers le Sud pendant toute la matinée.
11h30 – 10 petits nœuds de vent de trois quart arrière qui se sont progressivement renforcés en 12, puis en 15. Une houle d’1m50 du Sud-Ouest cassée au bout d’une heure par la barrière des îles Guaitecas. Le ciel, bien gris au départ, qui a fini par se découvrir… Pour notre première traversée ouverte sur le Pacifique, tous les voyants ont rapidement tourné au vert. J’ai dû le répéter une dizaine de fois au capitaine depuis ce matin: n’avons absolument pas à regretter de n’être pas partis hier.
14 heures, caleta Momia, Islas Guaitecas – J’avais enfilé ma tenue pour me lancer dans un éventuel mouillage avec amarres, la caleta Momia nous a offert pas moins de sept bouées auxquelles nous accrocher. En avons pris une, fidèles à la règle chilienne à présent bien connue selon laquelle n’importe quelle bouée libre peut être utilisée par n’importe qui.
Avons découvert les Guaitecas sous un soleil voilé: un chapelet d’îles basses, à la végétation rase. C’est ici que pendant des siècles, les habitants du coin se sont approvisionnés en bois de construction. La caleta Momia en porte les stigmates: des troncs coupés sur les berges, entre quelques maisons abandonnées… Un peu triste à mon goût. Ne passerons qu’une nuit ici.
19h50 – Camila, jolie barge rouge d’une trentaine de mètres, vient de prendre la bouée la plus proche de la nôtre. Il y a sept bouées dans un rayon de cent mètres. Combien serons-nous demain au réveil?
Caracara huppé et nouveaux voisins au petit matin.
13 novembre 2025, Islas Guaitecas, Chili
5h35, caleta Momia – Deux barges à la bouée et une autre au fond de la baie: on frôle la surpopulation!
6h50 – Départ au point du jour, dans une lumière rose et grise. Trouées de ciel bleu sur les îles rases qui virent vers l’orangé. Vols de cormorans au ras de l’eau, leur cou tendu vers l’avant. On aimerait prendre une photo par milliseconde pour être sûr de tout se rappeler. On aimerait écrire plus vite que la musique sur son carnet rouge pour être sûr de tout noter. Mais on ne peut pas. Le mieux, pour imprimer le souvenir, ne serait-il pas de laisser tomber tous les outils et simplement, de regarder? Regarder, mais aussi se laisser bercer par la musique de l’eau qui caresse la coque, s’imprégner de l’odeur de pin et de vase qui prédomine, se laisser piquer par le froid qui, malgré la polaire sous le ciré et le bonnet sur la tête, s’immisce par les interstices de peau à l’air libre. Le mieux n’est-il pas d’essayer de faire le vide pour que toutes ces sensations puissent prendre la place? Et garder, avec un peu de chance, un souvenir diffus de tout cela en même temps, imprimé dans le corps entier…
7h45 – Don Maxi, bateau de pêche qui navigue devant nous depuis le départ, vient de se faire contrôler par l’Armada au milieu du canal. Le speed-boat repart, on croit un moment que l’on va être les prochains sur la liste mais non, l’Autorité nous ignore royalement. N’allons pas nous en plaindre…
Navigation dans l’archipel des Guaitecas.
11 heures – L’Isla Jéchica est comme coupée en deux par un canal immense, où nous naviguons à vitesse réduite. Me suis encore faite avoir par la carte: alors qu’il nous reste encore deux milles avant d’atteindre le tournant qui nous mènera à notre prochain mouillage, suis sortie sur le pont, mon casque sur les oreilles, prête à ancrer. Christophe m’avait bien dit que selon lui c’était « un peu tôt », que je risquais d’avoir froid. Je grelotte sous mon ciré, mais par fierté et parce que le paysage en vaut bien la peine, je reste.
17h30, Isla Jéchica – Ce midi, une heure après avoir ancré dans ce nouveau mouillage, avons fait la connaissance d’Aldair. Trente ans, Colombien, il est le gardien à l’année de la minuscule marina Jéchica (en fait de marina, il s’agit d’un ponton), ouverte trois mois par an (de mi-décembre à début mars, donc fermée en ce moment). Nous sommes le deuxième bateau qu’il voit passer cette année – deux semaines après le premier, un voilier canadien que nous avions croisé à Puerto Montt. Aldair occupe ses journées à l’entretien du ponton, des deux chemins de randonnée et des cabañas louées en haute saison à des touristes fortunés. Il est normalement accompagné d’un collègue, en vacances depuis deux semaines. Ravitaillé deux fois par mois par une lancha de Melinka, il dit que “la solitude est un peu dure”. On le croit.
Avions préparé pour le déjeuner une tortilla de compèt’, que nous avons partagée avec lui. Mes huit mois de cours d’espagnol ont trouvé à s’exprimer – c’est exactement pour ce type de moments que j’ai fait cet effort lors de notre dernier retour en France. Demain s’il ne pleut pas trop, Aldair nous emmènera découvrir à pied les environs. J’ai hâte.
Balade parmi les cyprès des Guaitecas puis dans la forêt humide de l’Isla Jéchica en compagnie de notre guide (les petites plantes rouges à ras du sol sont des plantes carnivores!)
20h50 – Deux bonnes nouvelles logistiques, ce jour: l’autorisation, donnée à Jade par les douanes chiliennes, de rester une année supplémentaire dans le pays (c’est le maximum auquel elle pouvait prétendre), et la confirmation par Jaime, gérant de la petite marina de Puerto Aguirre, qu’il dispose d’une place pour nous accueillir à partir de mardi prochain. La première information nous permet de continuer notre voyage jusqu’au Sud: Jade étant entrée au Chili début décembre 2024, nous avions absolument besoin de cette autorisation pour aller de l’avant. La seconde nouvelle nous permettra, la semaine prochaine, de laisser Jade en sécurité au ponton le temps d’un aller-retour en Argentine pour renouveler notre visa. Après cet épisode, tous les compteurs administratifs auront été remis à zéro – pour Jade, et pour nous. N’aurons plus que les questions météo pour nous contraindre.
Questions météo qui ne sont pas simples, d’ailleurs… Nous étions prévenus certes, mais nous commençons à mettre les pieds dedans. Dans trois jours nous arrive dessus une méchante dépression, dont les rafales les plus fortes devraient dépasser les 40 nœuds. Avons passé deux heures ce soir à étudier les abris possibles sur notre route dans le “guide des italiens”. Allons entrer dans le dur.
15 novembre 2025, Isla Jéchica, Guaitecas, Chili
18h45 – Une île couverte d’une forêt humide digne d’une légende celtique, un guide sympathique pour nous la faire découvrir, et pour couronner le tout, le bateau-copain Belharra et ses cinq équipiers qui débarque: deux jours pleins extraordinaires à l’Isla Jéchica.
Ce matin, avons marché avec Michel et Jean-Marc jusqu’au Nord de l’île par les sentiers couverts de rondins de bois, d’abord jusqu’à un petit lac puis jusqu’à une plage donnant sur un grand canal. Là, une barge qui passait par là s’est approchée suffisamment pour pouvoir nous demander si tout allait bien – quatre touristes sur une berge parfaitement vide et loin de tout, il y avait effectivement de quoi se poser quelques questions. Au retour le “groupe 2”, resté dans la baie principale, avait fait bonne pêche: une vingtaine de róbalos attrapés depuis le ponton, que nous nous sommes partagés en asado grâce à l’autorisation donnée par Aldair d’utiliser les infrastructures de la marina.
Demain, avons prévu de quitter ce petit paradis à l’aube. Objectif: atteindre si possible assez tôt la caleta qui sera notre abri pour le coup de vent annoncé et avoir le temps de peaufiner notre tout premier amarrage “à la patagonne”.
Isla Jéchica: une marina minuscule et insolite perdue au milieu du Rien, dont Aldair nous a fait visiter les bâtiments fermés en cette saison.
16 novembre 2025, Islas Guaitecas, Chili
6h15 – Une lueur rose derrière les collines, à peine. Jamais partis aussi tôt.
7h20 – 3 nœuds de vent, pas d’autre option que d’avancer au moteur. Difficile de visualiser les rafales à 40 nœuds que nous aurons dans quelques heures.
10 heures – Bientôt, ces manœuvres d’amarrage au mouillage ne seront plus qu’une formalité… Pour l’heure, j’ai mal au ventre. Plus que trois milles avant d’arriver à la caleta Brooks, notre refuge pour a priori deux nuits. Comme cela s’est déjà produit, le guide des italiens donne une information bien différente de notre logiciel de navigation: 30 mètres de profondeur à l’entrée dans la baie selon lui, contre un seul mètre de profondeur chez Navionics. Le capitaine a prévu une entrée à vitesse hyper-réduite (nous calons à deux mètres), les yeux rivés sur le sondeur avant pendant que les miens, depuis le pont, ne quitteront pas le fond de l’eau.
17 heures, caleta Brooks – Ça y est, tout est en place. Le vent peut venir.
Avons mis près de 5 heures à finaliser notre installation au mouillage: quatre amarres en plus de notre ancre, à positionner du mieux possible par rapport à la configuration de notre petite crique et de la direction annoncée du vent. Pour le moment, il ne vient pas du tout du Nord ou de l’Ouest comme prévu, mais de l’Est: Christophe est dubitatif, on modifie notre angle d’amarrage dix fois, on recule encore un peu plus près du rivage – je viens de vérifier: avons 4,50 mètres de profondeur à l’arrière du bateau à marée basse. N’avons jamais mouillé si près du bord.
Nous sommes prêts mais je suis déçue: ma performance à l’arrivée fut médiocre, je n’ai pas servi à grand-chose. Je n’ai pas osé m’avancer suffisamment loin parmi les arbres du rivage pour aller trouver un amarrage assez solide. J’étais stressée, pressée, j’ai cru bien faire en parant au plus urgent – et en choisissant un rocher qui n’était pas adapté. Christophe a dû repasser derrière moi et mettre en place les quatre amarres, que je dévidais puis tendais depuis le bateau.
Demain, lorsque le calme sera revenu, irons inspecter les amarrages ensemble. La prochaine fois, promis Capitaine, je serai à la hauteur.
Parés pour notre premier amarrage « à la patagonne ».
17 novembre 2025, Caleta Brooks, Islas Guaitecas, Chili
00h15 – Avons mis le réveil à minuit: moment où le front commence, théoriquement, à passer au-dessus de nos têtes. Pour le moment, les rafales ne dépassent pas les 25 nœuds, mais elles ne viennent toujours pas du côté attendu. Le vent est-il dévié par les montagnes? Canalisé par les multiples fjords qui nous entourent? Cette nuit est notre première leçon météo patagonne. Quoi qu’il en ressorte, nous nous félicitons déjà d’avoir pris le temps et la peine de nous amarrer de tous côtés.
9h45 – La nuit fut à peu près calme, mais le réveil, difficile. Christophe, qui est toujours levé avant moi, vient me réveiller à 6h30: “Il va falloir déplacer une amarre Petit Bouchon, vite”. Les rafales viennent à présent de l’Ouest et notre caleta, “abritée de tous les vents” selon le guide nautique, ne nous offre qu’une protection toute relative. Il nous faut soulager l’amarre tribord que nous avons déjà en place. Pendant que le capitaine, qui a déjà revêtu son wader, rejoint la rive en annexe, je me mets moi-même en tenue. Debout sur le pont, je suis par moment contrainte de me tenir d’une main à la filière pour ne pas tomber. J’exécute les instructions au fur et à mesure: dévider, bloquer, tendre, bloquer, retendre.
C’est la première fois que je vois Jade soumise à ce type de forces. Les mouvements qui sont les siens en ce moment-même ne me sont pas du tout familiers. Elle tangue et tire sous l’assaut de rafales d’une quarantaine de nœuds qui l’attaquent au travers, des rachas qui soulèvent une brume d’eau salée à la surface de notre refuge minuscule. Mon capitaine revient trempé. J’ai un peu peur.
Premier coup de vent dans une caleta de Patagonie.
15 heures – Le vent est un peu tombé, le soleil est réapparu. Les goélands sont revenus dans la baie. Avec la pluie de cette nuit, la cascade sur notre arrière bâbord a fait des petits: trois ruisseaux s’écoulent à ses côtés, qui n’étaient pas là hier. Ma peur du matin est passée avec le noir des nuages, reste la fatigue. Nous partons faire une revue de nos amarrages à terre, Christophe me réexplique le choix de chaque arbre pour chaque amarre. J’apprends.
18 heures – “Chouette, des pintades!”. L’estomac de Christophe vient de flasher sur trois gros vautours qui se disputent un os sur le rivage. Il doit avoir très faim.
20 heures – La baie est méconnaissable. A la lumière du soleil couchant, sa surface est passée du gris au bleu, puis au mauve. Le mauvais temps semble un rêve lointain, et pourtant… Demain, nous ferons route vers la petite marina de Puerto Aguirre, notre dernier ponton avant Puerto Williams, tout au Sud. Il faudra tâcher de bien dormir.
Temps maussade à la caleta Brooks… Quand le vent se calme, on réalise enfin à quel point l’endroit est beau.
18 novembre 2025, Islas Guaitecas, Chili
10 heures – Ce matin, retirer nos quatre amarres nous a pris une heure. Le Second, cette fois, n’a pas failli à sa tâche: il s’est trempé jusqu’à mi-cuisse, a gambadé sur les rochers glissants, a sué sur les nœuds de chaise qui ne voulaient pas se dénouer… Il s’est interdit l’échec, et pour cette fois du moins, cela a fonctionné.
13h30 – Des toits rouges émergeant derrière la cime des arbres, au loin. Puerto Aguirre: dernière bourgade avant longtemps.
20h30, Puerto Aguirre – Le capitaine nous a fait une manœuvre d’arrivée au ponton du feu de Dieu: en prenant bien large, tout en douceur, sans que nous ayons à nous dire quoi que ce soit dans le casque. En quelques semaines, il s’est parfaitement habitué au pilotage depuis le poste de barre intérieur. Nous voici donc, pour la dernière fois avant un moment, solidement amarrés sur un ponton – dont nous dépassons tout de même d’un mètre ou deux.
Puerto Aguirre: là où Jaime, le gérant, nous accueille comme à la maison (d’ailleurs, c’est chez lui). Où les officiels de l’Armada écoutent du Barbara et du Moustaki en tamponnant notre zarpe – « c’est un voilier français qui nous a donné sa playlist! ». Où les épiceries (il y en a deux dans la rue en pente: une en haut, une en bas) vendent essentiellement deux choses, qui sont les plus importantes: du pisco sour et des patates. Où on achète son ticket pour le ferry du lendemain dans le bureau (dont aucun écriteau n’indique la présence) qui ouvre à 16h, ah non 17, finalement réessayez dans une demi-heure.
Une chouette surprise que ce mini-port du bout du monde. Nous aurons plus le loisir de le découvrir à notre retour de Coyhaique et de la frontière argentine, dans trois jours.
Marina Austral de Puerto Aguirre: Jaime le gérant a réussi à nous trouver une petite place pour quelques jours en bout de ponton.
19 novembre 2025, Puerto Aguirre, Islas Guaitecas, Chili
7 heures – Le Klio s’apprête à larguer les amarres. Les sièges de la salle des passagers sont presque tous occupés: des gens seuls, des couples, des familles, presque toujours chargés de gros sacs ou de valises et qui rejoignent, comme nous, le continent. Vont-ils visiter la famille? Faire quelques achats “à la ville”? J’ai, encore une fois, du mal à imaginer leur vie. Plus je voyage et plus je me dis que voyager revient à se demander, partout où l’on passe et pour chaque personne que l’on croise, “c’est quoi, vivre ici?”.
Au début, cette parenthèse administrative dans notre descente des canaux m’embêtait un peu: elle allait “casser le rythme” de notre lente avancée de mouillage en mouillage, rythme à peine instauré ces dernières semaines. Aujourd’hui, je m’en réjouis: nous allons voir l’autre côté du miroir, le côté terrestre, celui des gens qui vivent ici. Brève excursion parmi nos contemporains avant de retrouver l’état de nature et la solitude extrême des canaux de Patagonie.
La passerelle est remontée. Tout à l’heure, alors que je m’étonnais de voir les voitures solidement amarrées par les roues au pont du ferry, le préposé au contrôle des billets m’a assuré qu’il ne s’agissait que d’une mesure de sécurité un peu superflue pour ce tronçon du voyage… J’ai décidé de le croire.
A bord du ferry Puerto Aguirre – Puerto Chacabuco: quatre heures de voyage dans un paysage grandiose.
21 novembre 2025
8h30, bus du retour entre Coyhaique et Puerto Aysen – A l’inverse d’il y a deux jours, allons progressivement descendre du monde de la montagne à celui de la mer, du monde de la grande ville à celui du pueblito: Coyhaique, 60 000 habitants, Puerto Aysen, 20 000, Puerto Chacabuco, 1 500, Puerto Aguirre, 900.
Avons nos deux visas chiliens prolongés, nous nous en sommes sortis comme des chefs. Même si le préposé de la Policia De Investigaciones chilienne (PDI) a un peu fait la moue. « Normalmente, no se debe hacer »: sortir du Chili pour y revenir cinq minutes plus tard lui a déplu. Il eût fallu que nous passions au moins une nuit en Argentine, ce que nous aurions fait s’il y avait eu ne serait-ce qu’un village à proximité côté argentin. « Tomamos un ferry, un taxi, un bus y otro bus para llegar aquí, y ahora somos peatones… ». Nous lui avons expliqué notre voyage, notre bateau, notre besoin indispensable de disposer de trois mois supplémentaires pour pouvoir mener à bien notre projet en toute sécurité… Le monsieur a fait la grimace, mais il a compris. Surtout, il a mis son tampon. Mais qu’on se le tienne pour dit et que l’on n’hésite pas à en informer nos compatriotes: « no se debe hacer ».
A Coyhaique, nous fêtons la prolongation de nos visas en trinquant au pisco sour calafate (pisco sour agrémenté d’un sirop de calafate, fruit rouge de la région).
Pensions ne faire qu’une pause administrative, avons découvert une nouvelle région, celle d’Aysen et Coyhaique, « el corazón de la Patagonia« , comme disent les panneaux publicitaires du coin. Une route magnifique qui se fraie tant bien que mal un chemin à travers les Andes, une grande ville vivante et accueillante blottie dans son écrin de montagnes, qui propose son lot de tiendas de souvenirs, pubs à bières artisanales et restaurants à parilladas. En avons profité pour renouer deux jours avec la vie citadine et faire quelques courses à rapporter au bateau. Le Second, dont la coupe courte possède à peu près la même durée de validité qu’un visa touristique chilien (trois mois), a même réussi à se dénicher un petit salon de coiffure. Quant au Capitaine, il était en vacances.
18h30, Puerto Aguirre – Deux hommes déchargent des bûches de bois d’une petite barque verte vers une camionnette bleue sur la rampe la plus proche. Ont-ils passé la journée sur l’une des innombrables îles inhabitées du coin pour se procurer la précieuse leña? Nous les regardons en sirotant notre ti-punch dans le cockpit. A l’arrivée du ferry devant les maisons colorées du village baignées de soleil, me suis laissée surprendre par un grand soupir de soulagement: sommes de retour à la maison, avec au besoin six mois devant nous pour profiter pleinement de cette descente des canaux de Patagonie (le visa touristique chilien de trois mois est renouvelable une fois en ligne).
Le lendemain de notre retour à Puerto Aguirre, nous profitons de la journée pour faire les pleins (d’eau, de fruits et légumes) et prendre le pouls de ce petit port du bout du monde…
23 novembre 2025, Islas Guaitecas, Chili
8h05, départ de Puerto Aguirre – Toujours un pincement au coeur à dire aurevoir à quelqu’un dont on sait qu’on ne le reverra a priori jamais, dans un lieu où il est fort probable que l’on ne remettra jamais les pieds… Après Aldair à l’Isla Jéchica la semaine dernière, c’est aujourd’hui Jaime de la Marina Austral de Puerto Aguirre qui nous salue depuis son ponton. Il nous aura été d’une grande aide pour optimiser cette escale logistique et nous faire sentir bien ici. A lui et à tous ses collègues que nous ne reverrons pas: merci.
Ce matin, Jade largue les amarres de son dernier ponton avant le Sud, cap sur son premier glacier.
















































Ca fait un peu peur ce vent de 40 nœuds..mais cous assurez grave.
Donc ni le livre des italiens ni votre application ne donne les bons chiffres ?
Bonne suite dans les canaux,donnez des nouvelles.
Bisous
Maravilloso viaje. Suerte en todo amigos y espero el « JADE » a su regreso.
Muchos abrazos
Vous êtes vraiment des aventuriers, quelle expédition!!!!
je pense bien à vous
bonne continuation