Huahine-Raiatea : drôle de temps au Fenua

Nous voici aux îles Sous-le-Vent. D’elles, nous ne connaissons que Huahine, que nous retrouvons avec bonheur. On a un plan pour la suite, mais la météo en décide autrement: épisodes orageux et records de fraîcheur font tourner la tête à Météo France. L’occasion de se caler à Raiatea, île hautement sacrée et terre natale d’une fleur introuvable…

 

 

 

 

30 mai 2024 – Mouillage de Fare, Huahine, Iles Sous-le-Vent

10 heures – Venons de jeter l’ancre devant le village de Fare, à Huahine. Pour la première fois, avons contourné l’île par le Nord, poussés par un vent de Sud-Est au grand largue. Capitaine-en-Second un peu malade pendant la nuit, juste ce qu’il faut pour une reprise. Atterrissage en douceur après une traversée de 20 heures depuis Moorea entièrement à la voile, pas vite, 4,5 nœuds de moyenne. Message de l’ami Edgard cinq minutes après notre arrivée, basé ici avec son bateau et qui a forcément vu passer le voilier rouge devant son étrave : « bienvenue aux îles Sous-le-Vent ».

18h30 – En quelques heures, déjà, retrouvailles avec la douceur de Huahine. Douceur de sa lumière (à chacune de nos arrivées ici, le ciel était toujours un peu couvert), douceur des courbes de ses collines vert tendre, douceur, même, des lampions colorés du Yacht Club et de son Mai Tai couleur grenadine. Ce soir, verre avec Edgard, forcément.

Douceur car le rythme, d’emblée, n’est pas le même qu’aux îles du Vent. Il y a ici quelque chose d’indolent dans l’air. On est plus loin. De quoi ? D’un peu tout. De la capitale, de ses bruits, ses odeurs. Se caler sur ce rythme, vivre au diapason de cette douceur : notre programme des semaines à venir.

 

Comme les deux fois précédentes où nous sommes venus à Huahine, l’année dernière, nous nous offrons un petit tour de l’île en scooter.

 

31 mai 2024 – Mouillage de Fare, Huahine

9h15 – La matinée vient à peine de commencer et nous avons déjà eu à bord Cyril pour un café (qui vit ici sur son bateau avec sa famille) et revu Veihana sur sa barque, qui vend fruits et eau de coco fraîche aux plaisanciers. Devant nous, le voilier Jetlag de Brigit et Gérald a jeté l’ancre cette nuit, sympathique couple suisse déjà croisé lui aussi. Avec Edgard hier soir, en moins de 24 heures, avons retrouvé ici comme une famille, celle des gens que nous avions rencontrés ici-même il y a huit mois et qui nous reconnaissent – ou qui reconnaissent Jade, ce qui est plus probable.

C’est peut-être ce que nous aimons le plus, dans cette vie. Sans avoir rien planifié et encore en pyjama (en ce qui me concerne), recevoir du monde à bord pour un café. Ne pas savoir quand nous quitterons ce mouillage, ni Huahine, y rester tant que nous y sommes bien. Jusqu’à la prochaine île, le prochain mouillage, la prochaine petite famille éphémère que nous nous y fabriquerons. Se sentir un peu chez soi à l’autre bout du monde. Magique.

13 heures – Fin de matinée « en ville » : baffles à fond devant le Super U, ou plutôt le Super Fare Nui. La plus grosse supérette des îles Sous-le-Vent concentre le gros de l’animation du village. Au premier étage du bâtiment, au-dessus des rayons du supermarché, la coiffeuse a fait un sort à mes bouclettes en tentant de me parler tatouages par-dessus la bande-son.

 

3 juin 2024 – Mouillage de Fare, Huahine

19 heures – Décidément, on connaît tout le mouillage. Hier soir, avons été invités à bord de Black Lion, un catamaran dont nous suivons les aventures sur les réseaux depuis plusieurs années. Etrange de boire des ti-punchs dans un cockpit que l’on a vu cent fois en images. Etrange d’avoir en face de soi les vraies têtes de Magalie et Cyril, découvertes sur notre écran au printemps 2020, en plein Covid, alors que nous venions de prendre la grave décision de repousser notre grand départ d’un an. A l’époque, leur style de vie nous semblait loin. Aujourd’hui, 15 000 milles nautiques derrière nous, on trinque avec eux.

 

4 juin 2024 – Mouillage de Fare, Huahine

11 heures – Matinée au mouillage comme on les aime : on prend son masque, ses palmes, son tuba, on monte dans son annexe et on va voir un peu plus loin si j’y suis. Direction le récif. On ancre proprement au milieu des patates de corail en se disant qu’a priori, vu ce qu’on voit d’ici, il n’y a pas grand-chose au fond de l’eau. On se trompe.

Poissons petits et grands, de toutes les couleurs. Bénitiers de toutes sortes. Je découvre la variété de taille et de couleur de ces coquillages : ils rivalisent de bleu, de turquoise, de brun, de doré, unis ou strillés. On en compte parfois une dizaine sur un même rocher. Lorsqu’on s’approche, ils se ferment, mais pas pour longtemps. Ils sont les bouches souriantes du lagon.

Nous poussons jusqu’à l’épave d’un voilier en ferrociment, échoué sur le récif depuis plusieurs mois, nous a-t-on dit. Rumeurs encore : il ne serait pas assuré, personne ne veut l’enlever. Les plaisanciers du mouillage y seraient bien allés mais non, ça n’est pas à eux de le faire, et il n’y aurait pas loin avant qu’on les taxe de pilleurs d’épave… Alors le bateau pourrit là. Aucun poisson là-dedans, juste de la tristesse. Comme de fait exprès, le temps se couvre.

 

Petit tour dans le lagon.

 

21 heures – Dernière soirée à Huahine (pour cette fois). Avons plus ou moins pour projet d’atteindre l’île de Maupiti, la dernière à l’Ouest de l’archipel de îles Sous-le-Vent, avant de sortir le bateau de l’eau à Raiatea dans un mois. L’entrée dans le lagon de Maupiti requiert de conditions météo bien particulières, sa passe ne se laisse pas pénétrer facilement. Objectif : se mettre en attente le plus tôt possible à Bora-Bora, l’île la plus proche, afin de mettre le maximum de chances de notre côté.

Au Yacht Club nous retrouvons Fred, navigateur belge que nous avions rencontré il y a deux ans… en Dominique ! Souvenirs d’une soirée mémorable dans la baie de Portsmouth, à base de barbecue et de musique rasta… Il est accompagné de son amie et équipière Pervenche, que nous avons croisée à Papeete il y a dix jours avec mes sœurs. Bientôt, Edgard nous rejoint. L’Happy Hour peut commencer !

Derrière nous dans le restaurant, une grande table a été dressée. Les convives arrivent au compte-goutte, colliers et chemises à fleurs, avec l’air important de gens qui se réunissent de manière officielle. Edgard, parfaitement intégré à la vie locale (il joue à la pétanque tous les dimanches dans la baie d’à côté), nous fait les sous-titres : « là, celui qui vient d’arriver, c’est le maire ». Une jeune femme finit par prendre place au bout de la table, apparemment au centre de toutes les attentions. « C’est Vahine Fierro, la championne de surf ! ». Vahine, 23 ans et originaire de Huahine, a remporté il y a deux jours la Tahiti Pro 2024 sur la vague de Teahupo’o, à Tahiti. Elle est un sérieux espoir de médaille pour la France aux Jeux Olympiques de juillet prochain. Alors quand le maire lève son verre aux succès de Vahine, on fait comme lui !

 

De gauche à droite: les copains Edgard, Fred et Pervenche, en terrasse du Yacht Club à l'Happy Hour (of course).
De gauche à droite: les copains Edgard, Fred et Pervenche, en terrasse du Yacht Club à l’Happy Hour (of course).

 

5 juin 2024 – Départ pour Raiatea

8h30, Huahine, mouillage de Fare – On lève l’ancre. Quelques slaloms entre les patates de corail et c’est parti. Nos nouveaux casques sur la tête sont vraiment bien utiles : je voyais un peu la chose comme un gadget avant de l’avoir essayée, maintenant je suis fan. Plus besoin de grands gestes à l’avant lorsque je remonte le mouillage, et pour Christophe, plus besoin de crier depuis le pied de mât lorsqu’il hisse la grand-voile et que je suis à la barre. On gagne en fluidité dans les manœuvres, en compréhension mutuelle et en volume sonore. Que du bon.

10 heures, en navigation – On se trainait à moins de 3 nœuds, on venait de tout réenrouler et de lancer le moteur. On venait de se rassoir. On venait tout juste de poser notre regard fatigué sur l’anémomètre lorsque les chiffres se sont mis à monter : 10, 12, 15 nœuds… Aller, on ressort tout.

10h30 – De gros poissons font des sauts sur bâbord. Sur tribord, les oiseaux de mer volent bas. Et si on sortait la canne à pêche ?

 

Ça a mordu.
Ça a mordu.

 

21 heures, Raiatea, mouillage d’Upapa – C’était sportif. Pas la navigation en soi. Ce qui a mordu. Après que Christophe a lutté plus d’une heure pour remonter la dorade coryphène, avons passé l’après-midi en atelier poissonnerie, découpage, puis mise en bocaux – le congélateur ne fonctionne pas. Avons offert la moitié de notre prise (soit 16 parts individuelles de 200g chacune) à Jetlag, à nouveau voisins de mouillage… qui disposent, eux, de l’équipement adéquat.

Mouillés devant Raiatea Carénage Services, là où nous sortirons Jade de l’eau dans un mois. Mission de demain : repérage des lieux et prise de contact. Pour le moment, extinction des feux.

 

Différentes façons (simples) d’accommoder la dorade coryphène.

 

6 juin 2024 – Mouillage d’Upapa, Raiatea

6 heures – Ça sent le poisson partout.

18 heures – Premier pied à terre sur l’île de Raiatea. Accueil chez Raiatea Carénage Services : la jeune femme à la réception est charmante, Jade est bien inscrite au planning pour le 8 juillet prochain. Le chantier nous fait bonne impression : actif, du passage à l’accueil et dans les allées, du bruit plus ou moins strident partout, du monde qui travaille. Des clients qui s’enferment à double tour dans les toilettes du chantier, aussi, et c’est le branle-bas de combat pour notre jeune hôtesse.

 

7 juin 2024 – Mouillage d’Upapa, Raiatea

Midi – Double mission de la matinée qui vient de s’écouler : aller jusqu’à la ville (Uturoa, à 7 km) et trouver où laisser notre poubelle. Au chantier, nous ne sommes pas encore clients : ne peuvent pas prendre nos sacs (même en payant). A la marina d’Apooiti un peu plus haut, les containers sont réservés aux sociétés de charter dont les catamarans occupent l’intégralité des pontons : pas pour nous, donc. Le patron nous explique le système local de ramassage des ordures, fait d’un tri hyper sélectif et de sacs poubelles transparents (pour pouvoir en contrôler le contenu). Le long de la route qui mène à Uturoa, nous mesurons l’hypocrisie de la chose : d’un côté, un tri draconien exigé des résidents, et de l’autre, des tas d’ordures laissés sur les pelouses et en bord de mer. Aucun ramassage des encombrants, qui s’agglutinent devant les maisons. Et pour nous voiliers au mouillage, rien de prévu. Garderons donc nos poubelles à bord jusqu’à nouvel ordre.

Uturoa compte plus d’habitants et de voitures que Fare, sa voisine de Huahine. C’est une vraie petite ville, ce que l’on reconnaît à deux signes qui ne peuvent pas tromper : la présence d’un caviste et d’une librairie. Là, on ne donne plus dans le village mais dans la cité. Sur le quai, une boulangerie-pâtisserie dont on nous a maintes fois parlé nous interpelle de sa devanture rose : « Bon Apetahi ». A quoi bon résister ? A l’intérieur, en vitrine, tombons nez à nez avec… des Paris-Brest !

 

Balade vers Uturoa: les deux côtés de la carte postale…

 

8 juin 2024 – Mouillage d’Upapa, Raiatea

8 heures – Pluie toute la nuit. Lever sous des trombes d’eau. Journée idéale pour récupérer notre voiture de location et faire le tour de l’île.

 

9 juin 2024 – Mouillage d’Upapa, Raiatea

15h30 – Deux jours de flotte. Le marae de Taputapuatea (maintenant, j’arrive à l’écrire sans vérifier !), plus grand de son genre en Polynésie, avait les pieds dans l’eau. Le long des 98 km de tour de l’île, aujourd’hui comme hier, avons en vain cherché une décharge publique pour y laisser, hé oui toujours, notre poubelle… L’avons rapportée à bord avec nous.

Gérald, du voilier Jetlag, vient de passer nous voir : nuit venteuse en perspective, rafales annoncées jusqu’à 35 nœuds, il propose une veille des bateaux du mouillage sur le canal 72 de la VHF. On se branche.

Le mauvais temps risque de perdurer toute la semaine prochaine. Avons pris la décision de ne pas tenter Maupiti pour le moment. Une fenêtre pourrait certes se présenter dans les quinze jours pour que nous entrions dans le lagon… mais quid de la sortie ? On dit qu’il faut parfois attendre les bonnes conditions plusieurs semaines… Devons impérativement être de retour ici le 8 juillet pour sortir Jade de l’eau. Le planning du chantier est serré, n’allons pas prendre de risque. On opte pour la coolitude : un mois de balade dans le lagon double de Raiatea et Tahaa, sans avoir à courir. Maupiti sera encore là fin juillet.

 

Pas beaucoup de lumière pour les photos, ces derniers temps…

 

10 juin 2024 – Mouillage d’Upapa, Raiatea

6h30 – Finalement, cette nuit, il ne s’est rien passé. Les voisins du mouillage se sont fait plaisir en échangeant trois bribes par VHF, puis tout le monde est allé se coucher. Plusieurs épisodes de vent et d’orage sont annoncés pour la semaine, n’allons pas bouger d’ici. Le mouillage n’est pas grandiose, mais il est bien protégé des vents de Sud-Est.

9h30 – Matinée hyper efficace. Devions rendre la voiture à 9 heures, il fallait donc tout faire avant : un café-pâtisserie avec Gérald et Brigit en terrasse de « Bon Apetahi », quelques courses, un passage à la gendarmerie d’Uturoa pour faire valider nos procurations (car oui, nous votons à chaque fois qu’on nous y invite, même quand c’est par surprise!). Un lundi matin comme on aime.

 

A bord de Jetlag, le Super Maramu de Brigit et Gérald, nos copains suisses!
A bord de Jetlag, le Super Maramu de Brigit et Gérald, nos copains suisses!

 

12 juin 2024 – Mouillage d’Upapa, Raiatea

12h30 – Ce matin, aller-retour de 14 km à pied pour trois oignons et deux pamplemousses – pour, avouons-le, un cappuccino en terrasse. Sur le chemin du retour, croisons en bord de route un monsieur que nous avons déjà vu à l’aller : il est de la Direction de l’Equipement et attend toute la journée, seul, les taxis et voitures de location qui ont pris rendez-vous avec ses services pour leur contrôle technique.

Visiblement, le monsieur s’ennuie. Christophe s’approche, le monsieur éteint la radio de sa voiture (il a senti l’opportunité en or), il parle un peu de son métier, il parle bientôt de sa famille, puis de son enfance, et des jeunes de Raiatea qui font encore du sport, si si, ça n’est plus du va’a c’est du MMA. Au bout de 10 minutes, un taxi s’arrête dans la contre-allée. Il a rendez-vous. Un chauffeur de deux mètres de haut et un de large sort du véhicule, s’avance, attend un peu, s’avance encore, mais n’interrompt pas la discussion. Je vois bien qu’il me regarde avec une certaine attention… Et là, il m’empoigne le bras droit : « tu l’as fait où, ton tatouage ? ». S’ensuit un débat passionné sur les meilleurs tatoueurs de Polynésie (de l’avis de nos deux interlocuteurs, le mien « est un très bon », ouf), le chauffeur ouvre sa chemise pour nous montrer la pirogue géante qu’il a dans le dos, le contrôleur relève les jambes de son short pour que nous admirions les patutiki sur ses cuisses, et en cinq minutes, les voilà tous les deux torse-nu face à deux inconnus. Une scène pareille pouvait-elle avoir lieu ailleurs qu’ici ?

De retour au chantier, suivons le conseil de Gérald qui nous a indiqué une solution potentielle pour notre poubelle (encore elle !) : le chantier concurrent du nôtre « accepterait éventuellement de nous la prendre moyennant finance ». Gagné ! Aujourd’hui, une poubelle m’a mise en joie.

 

13 juin 2024 – Mouillage d’Upapa, Raiatea

8 heures – C’est re-officiel : nous n’avons re-plus de frigo. Depuis une semaine, l’odeur des tiroirs du réfrigérateur se dégradait à mesure que leur température intérieure remontait… Ce matin, le doute n’est plus permis : notre frigo a capitulé. Le frigoriste du chantier est en vacances. Christophe s’est donc attelé à remettre en marche notre congélateur, qui ne congèle plus depuis un moment… mais qui fait du froid. Un peu. Allons y transférer ce qui craint le plus. Quand le frigo devient placard, le congélo devient frigo. Système D.

 

14 juin 2024 – Mouillage d’Upapa, Raiatea

14h45 – Ce matin, pour la première fois, avons transporté un frigo dans une annexe. C’est qu’hier soir au chantier, Taputu-le-Marquisien-qui-contrôle-les-radeaux-de-survie nous a donné le contact d’Heimata-de-Maupiti-qui-répare-les-frigos-pour-les-charters. Heimata est passé ce matin : il faut amener la bête à l’atelier et la démonter. Verdict lundi.

Le frigo ne s’est pas retrouvé au fond de l’eau. Aucun boudin d’annexe ne s’est vu transpercé par un angle du meuble. Double miracle, donc. Par contre, avons déchiré l’un des coussins de cockpit que, dans la précipitation, nous avions utilisé pour protéger le dinghy. Rendez-vous pris à la voilerie d’à côté pour tenter d’arranger ça, lundi.

En seconde partie de matinée, mission plomberie : le rinçage automatique du désalinisateur fait des siennes, Christophe achète une vanne. De retour au bateau, à l’instant, il réalise qu’elle n’est pas du bon diamètre. Réouverture du magasin : lundi.

Pensions lever l’ancre ce weekend mais décidément, lundi est plein de promesses… On prolonge.

 

-« Va falloir l’amener à l’atelier… » – « Euh… t’es sûr? »

15 juin 2024 – Mouillage d’Upapa, Raiatea

17 heures – Ça alors ! Ce matin en terrasse de la pâtisserie (THE place to be), avons pris place par hasard à côté d’un groupe de plaisanciers en pleine discussion… Parmi eux Lucie et Bernard, propriétaires suisses du voilier rouge qui a passé les écluses du canal de Panama avec nous il y a plus d’un an ! Ce soir, ils nous invitent à l’apéro.

 

De gauche à droite: Catherine, nous, Lucie, Bernard et Philippe, voiliers Sandy Key et Adorsa.
De gauche à droite: Catherine, nous, Lucie, Bernard et Philippe, voiliers Sandy Key et Adorsa.

 

16 juin 2024 – Mouillage d’Upapa, Raiatea

Midi – Instant de vérité : est-ce que ça va faire « ploc » ? Oui, ça a fait « ploc » ! Et même que ça sent bon dedans ! Notre première conserve de poisson est une réussite.

 

18 juin 2024 – Mouillage d’Upapa, Raiatea

9h30 – Heimata vient de partir. Hier, le clapot était trop fort dans la baie pour que nous puissions à nouveau transporter le frigo dans l’annexe, avons attendu ce matin. Notre ami a passé 2h30 avec nous à bord pour tenter de régler un dernier problème : une tension électrique insuffisante. Changement de câbles, de connexions… A priori, il fait à nouveau froid là-dedans. Tout comme la dernière fois qu’un frigoriste s’était penché sur notre problème, il y a deux mois à Taravao… Si ça fonctionne cette fois-ci, on lui laissera notre congélo.

18h15 – 24 degrés, ce soir, pour notre traditionnel apéro sur le roof. Depuis avant-hier, on sort les vestes à 18 heures. « On est à la limite du froid, là… », dit Christophe. La Patagonie, c’est dans moins de six mois.

Certains parlent de la fin du phénomène El Niño, qui réchauffait les eaux du Pacifique ces derniers mois, et l’air de toute la planète au passage. D’autres évoquent un Maraamu plus précoce que d’habitude – ce qui n’exclut pas, d’ailleurs, la première hypothèse. En tous cas, si la température baisse, le ciel, lui, retrouve des couleurs. Le plateau de Temehani a tombé son éternel chapeau de nuages. Les possibilités de balades et de changements de mouillage s’ouvrent à nouveau.

 

Look funcky pour le coussin de cockpit bâbord rapiécé comme on a pu, et session bricolage pour le capitaine, qui s’attèle à créer des courants d’air dans notre meuble de frigo.

 

19 juin 2024 – Mouillage d’Upapa, Raiatea

18 heures – On a marché 8 heures mais on ne l’a pas trouvée. La fleur. La fragile et rarissime Tiare Apetahi, endémique de Raiatea et dont il ne subsisterait qu’une soixantaine de plants à 750 mètres d’altitude. On a trouvé un arbuste, sans fleurs. Et des paysages. Dans tous les sens. Le plateau d’Apetahi offre des vues à quasiment 360 degrés sur l’ensemble de Raiatea : d’abord un panorama vers le Nord-Ouest, avec Bora-Bora au loin et Tahaa plus près, puis vers le Sud-Ouest et l’immense baie de Fa’aroa.

Avons mis 3 heures pour monter mais quasiment 5 pour redescendre. Avons tenté un chemin « secondaire » indiqué par notre application de randonnée – « secondaire », ici, signifie « non entretenu ». On n’avance pas vite, on n’en voit pas le bout. Les pieds se tordent entre les cailloux, racines et crevasses invisibles. Les mains se font griffer par les branchages que l’on tente d’écarter devant soi. On ne voit rien d’où l’on va. Plusieurs fois, j’ai cru que le sentier s’arrêtait. On se surprend à penser qu’il va peut-être falloir passer la nuit là (Christophe sait faire, je ne suis pas inquiète). On imagine les pires scénarii, Christophe qui se blesse, moi qui dois courir chercher les secours, dévaler la pente dans la forêt vierge et me perdre, je passe la nuit dehors mais seule… enfin non c’est bon, il y a du réseau, les secours, on les appellera. On soupire d’aise, aussi, en se rappelant que la Polynésie ne compte aucun animal sauvage dangereux : aucun risque de croiser ici un lion ou même un serpent. Juste éviter de déranger un nid de guêpes.

Lorsque nous retrouvons la civilisation, c’est à coup d’aboiements de chiens furieux et de panneaux « interdit aux randonneurs »… c’est que là-haut, lorsque nous nous sommes engagés sur la piste, il n’y avait rien d’écrit ! Après deux derniers kilomètres de marche le long de la route côtière, posons enfin nos fesses à l’arrière d’un taxi, hélé devant le marché d’Uturoa. « Vous venez du plateau ? Mais… personne ne va plus là-haut ! ». Effectivement, en huit heures, n’avons pas croisé âme qui vive.

 

Un grand merci à Gérald pour le lift, sans qui nous n’aurions pas marché huit heures, mais neuf!

 

20 juin 2024 – Mouillage d’Upapa, Raiatea

13h30 – Records de froid ce matin sur le Fenua. Au lever du jour, Météo France Polynésie relevait 18,8 degrés sur Raiatea. Un « épisode de fraîcheur » dû à la remontée d’une masse d’air froid venue des Australes. « Une nouvelle dégradation pluvio-orageuse est attendue pour samedi soir ». En quittant Raiatea pour Tahaa demain matin, deux minuscules milles vers le Nord, échappera-t-on au déluge ?

Ce matin, dernier aller-retour à Uturoa, dernier café-pâtisserie en terrasse – on ajoute à la note deux bons gros pains fait pour durer. Lieu de toutes les rencontres, nous passons une bonne demi-heure  à papoter avec Luu et Claude, 87 et 89 ans, elle d’ici et lui de Suisse, venus s’installer au chaud pour leur retraite. Luu est pétillante et aime parler, elle nous raconte leur coup de foudre, ici-même, il y a 64 ans, puis leur vie de famille à Neuchâtel. Elle a une fleur d’hibiscus à chaque oreille et dit qu’elle a toujours été « la fofolle de la famille ». On la croit. Claude est moins volubile mais au moment de partir, il nous invite à passer boire le café chez eux un de ces quatre, au Point Kilométrique 11 dans la baie de Fa’aroa, « la maison avec le toit vert ». On se dit aurevoir en s’embrassant. Vite, se lever recommander un café, sinon je pleure.

 

21 juin 2024 – Mouillage d’Upapa, Raiatea

9h15 – Changement de programme. Le vent va faire un tour de 360 degrés sur lui-même dans les trois jours qui viennent, le mouillage auquel nous pensions à Tahaa ne sera pas protégé. Du côté opposé, sur la côte Est de Raiatea, l’immense baie de Fa’aroa est un abri en or. C’est elle qui nous avait tant impressionnés depuis là-haut, sur le plateau, il y a quelques jours. C’est elle qui héberge notre joyeux couple d’octogénaires d’hier. C’est décidé, on s’en va voir par là-bas.

 

Le beau temps serait-il de retour? Déjeuner improvisé chez l’ami Edgard et apéro-roof avec vue sur Bora-Bora, au loin…

 

10 Comments

  1. hey bravo pour le maï maï…. A raiatea j’y ai de bons amis, les parents d’un camarade de lorient..que de souvenirs là bas en 1995 ! Son papa est monsieur TAHITI 1966…La famille TINORUA, il était le gardien de la prison..bonne continuation . PY

  2. Comme toujours quel plaisir de lire ce nouvel épisode de la ballade de Jade, de nous faire rêver à travers vos navigations, vos rencontres, vos ballades…. merci Estelle cela va illuminer notre journée (ici on attend le soleil avec impatience).
    Je vois que Christophe est multiples cartes : , capitaine, frigoriste, menuisier et éboueur !!!!

  3. Bonjour les amis
    c est toujours un grand plaisir de suivre vos aventures à l’autre bout du monde , .
    votre quotidien, vos rencontres ,vos péripéties les imprévus et bien sur vos vidéos…
    et j’en suis friand.
    Bon vent pour la suite.
    A bientôt pour de nouvelles aventures.
    Jean Marc P

  4. Grand merci pour toutes ces lignes et photos. Je me suis régalé encore une fois.
    Vite le prochain épisode !

  5. Mais quelles peuvent être les effets de ces nombreux apéros sur votre santé à tous les deux !!!!
    Merci pour le partage

  6. Boah, les meilleurs fruits de conservent dans l’alcool, pas vrai…? Merci pour ton commentaire, Pascal!

  7. Même au mouillage vous vivez beaucoup d’aventures ! J’aime bien l’idée d’être chez soi au bout du monde ! Incroyable cette histoire de poubelle, bravo pour votre persévérance. Et bravo aussi pour cette randonnée « sauvage » de 8h. Cela a dû être éprouvant et angoissant, tu le décris très bien. Gros bisous à vous deux et croisons les doigts pour un temps plus favorable.

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