
À Mangareva, un mois de coolitude
Un mois tranquille avant le saut dans le grand bain: c’est ce que nous offre Mangareva, l’île principale des Gambier. On y découvre des habitants très accueillants, un patrimoine culturel unique, des sentiers de randonnée semés d’arbres fruitiers… Une vie « cool », aussi, car plus fraîche. La machine à voyager vers le froid est en route.
21 septembre 2024 – Mouillage de Rikitea, île de Mangareva, Gambier
9h30 – Ancre jetée devant Rikitea, capitale des îles Gambier. Premier échange avec un autochtone, qui passe à 20 mètres sur son potimarara : « bon séjour aux Gambier ! ». Une minute plus tard, sommes alpagués par un gendarme et une gendarmette en tenue de weekend sur un zodiac : « si vous venez de Tahiti, vous n’avez rien à faire avant votre sortie de Polynésie dans un mois ». Passerons tout de même lundi, histoire de se présenter.
A notre arrivée, Jade est le seul bateau de passage au mouillage. Première activité à l’arrivée, comme d’hab’: grosse lessive!
Midi – Sommes allés présenter nos hommages à la famille devant la maison de laquelle nous sommes ancrés. Objectif : faire connaissance, et s’assurer que nous ne gênons pas. Résultat : on passe une heure à papoter avec Ben, Colette et l’oncle Bernard de l’île d’en face, venu tout spécialement aujourd’hui pour tuer le cochon. Les cris de la bête dominent quelque temps nos paroles, je détourne les yeux, focus sur la conversation sans y arriver vraiment. Bienvenue aux Gambier, donc. Nous proposent de rester déjeuner, on ne veut pas s’imposer. Sommes voisins, on se reverra.
13h30 – Première descente à terre. On croise du monde, et avec chacun, on discute un brin : les enfants qui jouent à sauter du grand quai dans l’eau du lagon, les marchandes de bijoux en nacre et coquillages, la tenancière du snack Teava, installée devant le bâtiment de l’ancienne prison – seul lieu de l’île qui sert de la bière à la pression, information d’importance capitale. On prend nos marques.
Un peu plus loin le long de l’unique allée du village, sommes éblouis par la cathédrale Saint Michel. Proportions et décorum que l’on n’attendrait pas ici, fait de nacre gravée et de coquillages. C’est que les Gambier, qui comptent aujourd’hui 1 500 habitants environ, en ont un jour compté 5 000 – du temps des pères bâtisseurs, Père Laval en tête, figure controversée du catholicisme local. A la sortie du majestueux édifice, quelques maisons en dur, murs blanchis à la chaux et toits pentus, toisent des allées d’arbres centenaires. Dans ma tête, Bretagne et Polynésie s’entrechoquent. Ce mix inédit, c’est les Gambier.
Rikitea n’a pas vu passer de goélette de ravitaillement depuis un mois : le Taporo 8, l’un des deux bateaux qui assure le service, est en carénage à Papeete. Conséquence : sur toute l’île, plus un grain de riz, plus une cuisse de poulet. Ce sont les deux denrées qui semblent le plus manquer aux mangareviens que nous croisons. Heureusement, on nous annonce l’arrivée du Nukuhau pour demain. Effervescence. Il nous faudra voir comment récupérer un peu de gasoil pour refaire notre plein.
Premiers pas « en ville » et premier plouf dans l’eau du lagon pour Christophe, avec les gamins du port.
22 septembre 2024 – Mouillage de Rikitea, île de Mangareva, Gambier
8 heures – Retrouvailles avec la vie simple et autarcique du mouillage. Au vu de ce que nous avons pu constater dans les rayons des quatre épiceries du village, allons vivre les semaines qui viennent essentiellement sur les stocks faits à Tahiti. C’était calculé ainsi, et c’est tant mieux. N’allons pas dévaliser les commerces de gens qui déjà, comptent leurs réserves.
Ce matin repose ma première pâte à pain depuis des mois. Demain, ce sera opération yaourts-maison. Quelques légumes frais de Tahiti se battent encore en duel dans les tiroirs du frigo. Ici, pour le frais, il faudra demander directement aux habitants – dont les jardins regorgent d’arbres fruitiers de toutes sortes. Un seul et unique maraîcher sur l’île, dont il nous faudra récupérer le numéro.
Premier déjeuner en intérieur: dehors, on se caille!
23 septembre 2024 – Mouillage de Rikitea, île de Mangareva, Gambier
18 heures – Quelle journée ! Elle a commencé ce matin par trois heures d’attente sur le quai de déchargement du Nukuhau, tout juste arrivé. Trois heures de queue dans le froid (relatif, rappelons-nous que nous venons de Tahiti) et occasionnellement, sous quelques gouttes de pluie. Le village entier est là, peut-être même plus, en famille, des dizaines de voitures sont alignées dans l’allée qui mène au quai. On ne sait plus qui est arrivé avant ou après, mais les gens d’ici, eux, savent. Au bout de trois heures donc, une jeune mère de famille nous fait signe d’entrer avant elle dans le container-guitoune du préposé aux achats. A l’intérieur, on se fait instantanément écrabouiller par la chaleur.
« 400 litres de gasoil ? Ok, pas de souci. On vous prête deux fûts de 200 litres, on vous les remplit et vous vous débrouillez. Pour info, on repart ce soir ». Pendant que je règle la facture, Christophe part acheter deux bidons vides supplémentaires à l’épicerie la plus proche. Ce qui porte notre pactole total à quatre bidons de 20 litres. Après un rapide calcul mental (5 allers-retours du quai au bateau à effectuer dans l’après-midi), nous estimons qu’en sautant le déjeuner, nous pouvons y arriver.
Heureusement pour nous, dès le deuxième round, Yannick, le chef mécano du Nukuhau, vient à la rescousse : une pompe plus pratique pour déverser le gasoil des fûts vers les bidons, et surtout, deux bras puissants et une bonne humeur contagieuse pour nous aider tout au long du processus. J’ai calculé : avec son aide, en milieu d’après-midi, nous effectuons un round complet en 45 minutes (arrivée au quai, remplissage des bidons, chargement de l’annexe, retour au bateau, vidage des bidons dans notre réservoir, retour au quai). A multiplier par cinq, donc.
Pour récompense de nos efforts, Yannick nous propose une visite guidée du vieux rafiot de 45 ans. Plus très jeune certes, mais impeccablement entretenu par ses soins. Il explique tout un tas de trucs techniques à un Christophe hyper attentif – car les machines tournent, on n’entend rien. Prétexte que j’utilise pour m’excuser de ne pas parvenir à tout suivre. La goélette a déjà visité 14 îles pendant cette rotation, essentiellement aux Tuamotu, pendant deux semaines. Il lui en reste huit. Bientôt, Yannick reverra sa famille à Tahiti.
Le lendemain de notre rencontre avec Yannick, il passe boire le café à bord de Jade (le Nukuhau n’est pas parti, comme annoncé, la veille au soir). Il nous offre à l’occasion deux t-shirts de la Société de Navigation Polynésienne, qui opère la goélette!
26 septembre 2024 – Mouillage de Rikitea, île de Mangareva, Gambier
20 heures – Jour après jour, l’esprit mangarévien prend possession de nous. Sourires de bienvenue sur tous les visages, à la mairie, à la gendarmerie, au snack, au collège Saint Raphaël. Journées faites de flânerie le long de l’allée qui mène à la cathédrale, édifice démesurément grand planté là au bout de sa rue, au bout du temps. Quel est le nom de cette rue, d’ailleurs ? Lorsqu’il n’y en a qu’une, est-il besoin de la nommer ? Journée emplies aussi de délicieuses brochettes de poisson dans d’énormes assiettes, d’échanges avec l’unique autre bateau au mouillage (Soizic et Manu de Diabolo, arrivés trois jours après nous), de visites à l’atelier de gravure sur nacre du collège, d’Ena Koe / Ena Korua / Ena Kotou dont on ne sait pas encore se dépêtrer mais on saura bientôt, de pain-maison que l’on enfourne une fois de retour au bateau, de bains de fin de journée dans l’eau la plus fraîche dans laquelle ont ait barbotté depuis plus de deux ans (25 degrés, on frôle l’hypothermie !). Tranquillité.
Les apprentis de l’atelier de gravure sur nacre nous ont concocté une visite guidée aux petits oignons.
27 septembre 2024 – Mouillage de Rikitea, île de Mangareva, Gambier
13h15 – Première balade sur les hauteurs ce matin, via le chemin traversier. 7,5 kilomètres dans une grande diversité de paysages et de végétation : forêt de purau, hautes herbes tendres, bananiers plus ou moins sauvages. Sur la côte Ouest de l’île, débouchons sur la baie de Kimiro, entièrement mouchetée de bouées colorées. Ici, les fermes perlières sont reines. Techo, le préposé de la mairie en charge de l’ « aide à la population », nous a expliqué: de ce côté de Mangareva, on élève les nacres; de l’autre, celui où nous sommes ancrés, où le courant est plus fort, on collecte les naissains.
Conclusion de cette première balade : le lagon des Gambier n’a rien à envier à celui de Bora-Bora. Mêmes nuances infinies de bleu. L’isolement et les sourires en plus. Au retour, faisons un stop à l’épicerie Jojo, située juste en face du bateau. Le petit snack attenant possède la seule machine à espresso de l’île. On va se revoir.
Ce soir, nous sortons : les profs de l’atelier de gravure sur nacre, hier, nous ont invités à une soirée « film en plein air » sous le préau du collège. Pourrons nous restaurer et contribuer à remplir les caisses de la petite association qui maintient tant bien que mal l’activité de gravure sur nacre à Rikitea. Le rapport aux touristes, ici, nous semble pour une fois simple et sain : « tu viens me rendre visite, je t’invite, tu contribues ». Nous n’en demandons pas plus.
Le long du chemin traversier de Kirimiro.
28 septembre 2024 – Mouillage de Rikitea, île de Mangareva, Gambier
11h30 – J’aime la façon dont prend forme notre vie à Rikitea. Les gens commencent à nous reconnaître dans la rue – est-ce d’avoir attendu trois heures sur le grand quai l’autre jour ? D’être allés voir le film hier soir ? De systématiquement s’arrêter discuter avec tout le monde ? Ce matin, au vide-grenier sous le chapiteau derrière la mairie, sommes arrêtés par un cri : « Hey, Christophe ! ». C’est Ben, le bourreau de cochon du premier jour. « Demain, ici-même, ce sera pétanque : vous venez ? ». Un an et demi en Polynésie, et c’est la première fois que nous sommes conviés à l’institution-phare du dimanche après-midi. Bien sûr, qu’on vient !
Première randonnée jusqu’au Mont Duff, point culminant des Gambier (441 m). Sous la forêt de pins, nous tombons sur un parterre de framboises… Le ciel est un peu voilé, on reviendra!
1er octobre 2024 – Mouillage de Rikitea, île de Mangareva, Gambier
11 heures – Hier soir, dîner à bord de Diabolo. Décidément, nos uniques voisins de mouillage sont fort sympathiques. Reçu un mail d’un autre voilier aujourd’hui : Kea, en route pour ici, encore 500 milles devant eux. Bientôt, serons trois équipages dans la baie.
Routage du jour : si nous partions aujourd’hui pour le Chili, aurions du vent portant pendant 15 jours à 20 nœuds maximum ! Depuis que nous sommes ici, Christophe lance le logiciel quasiment tous les jours. L’informatique nous calcule systématiquement une navigation d’environ 25 jours jusqu’à Puerto Montt, au Chili. Sommes bien conscients qu’une météo à 15 jours ne vaut pas grand-chose, et qu’au-delà, le modèle ne peut se baser que sur les statistiques des années précédentes… Savons également qu’il est encore un peu tôt en saison : les dépressions dans le Sud sont encore bien grosses, et assez haut en latitude. Tout de même, ça donne une indication. Et puis ça met dans le bain.
Plus l’échéance approche et plus l’option Ile de Pâques s’éloigne. Les routages que nous faisons nous font passer beaucoup plus au Sud. Différents blogs et sites d’informations insistent sur l’inconfort voire la dangerosité des mouillages, sur la difficulté du débarquement à terre dans les rouleaux (vidéos d’annexes renversées par les vagues), sur le zèle administratif des autorités sanitaires chiliennes (qui pourraient nous confisquer une partie de notre avitaillement pour la suite). Sans compter qu’en principe, il est interdit d’y laisser un bateau seul au mouillage, et que nous ne sommes que deux…
Bien sûr, nous rêvons de voir cette île. L’escale nous permettrait, en plus, de couper la route en deux. Depuis plusieurs semaines, nous envisageons une option, puis l’autre, essayant de mesurer les avantages et les inconvénients de chacune… Le dilemme ressemble un peu à celui des Galapagos, l’année dernière. Pour l’instant, nous gardons cette possibilité ouverte. Comme toujours, la météo du moment pèsera certainement lourd dans la balance.

2 octobre 2024 – Mouillage de Rikitea, île de Mangareva, Gambier
17 heures – Le temps passe à la grisaille pour quelques jours. En soirée, on sort même le sweat. Et si l’on testait notre poêle à gasoil ? Il n’a pas servi depuis notre dernier hiver à La Rochelle, il y a quatre ans – l’idée-même de tester le poêle ne nous a jamais effleurés ces deux dernières années sous les tropiques.
Echec. Le tuyau d’arrivée du gasoil semble bouché. Christophe démonte tout, souffle dans les tuyaux, bouffe un peu de carburant au passage. Au bout d’une demi-heure de lutte, ça y est, la cheminée fume. Ça fonctionne ! On peut partir. Dès demain s’il le faut.
Encore un charmant chemin de Mangareva: celui qui mène au tombeau du dernier roi de l’île, aux ruines du couvent Rouru, et se prolonge par le « sentier des 12 apôtres », le long de la mer.
3 octobre 2024 – Mouillage de Rikitea, île de Mangareva, Gambier
20 heures – 20 nœuds de vent au mouillage, ce soir. Il a plu des trombes d’eau toute la journée. Pour la première fois du voyage, de la buée s’accumule sur les fenêtres : il fait plus froid dehors que dans le carré où je viens de cuisiner – mon premier gratin de christophine. Avons encore une fois dîné à l’intérieur. Le(s) temp(s) change(nt).
Gratin de christophine et poêle à mazout.
4 octobre 2024 – Mouillage de Rikitea, île de Mangareva, Gambier
17h30 – Un troisième voilier au mouillage ! Kea, un Cigale 16 en aluminium, se faufile entre les bouées rouges et vertes du chenal tordu de Rikitea. A son bord, Emmanuelle et Bernard, que nous connaissons à peine : juste un café à bord avant de quitter Papeete, une heure ou deux pour s’échanger quelques infos, et nos mails. Eux aussi vont vers le Chili, la Patagonie, et même l’Antarctique ! Ils enchaînent le tout cette année. Quelques semaines ensemble aux Gambier : ont plein de choses à nous apprendre.
Seconde randonnée au sommet du Mont Duff, avec nos nouveaux copains-bateau. Cette fois, il fait un temps splendide!
6 octobre 2024 – Mouillage de Rikitea, île de Mangareva, Gambier
11h30 – Encore tremblante. Alors que j’allais faire ma petite séance de nage matinale, suis tombée sur un requin, dans un mètre d’eau. Pas un monstre, mais pas tout petit non plus. Dans les 1 mètre, 1 mètre 50. Qui m’a royalement ignorée, mais n’empêche.
Cela n’est pas comme si nous avions appris hier à la mairie qu’il y avait des attaques régulières dans le lagon. Une par an, ces derniers temps. Un kitesurfeur l’année dernière, et la précédente, un plongeur de ferme perlière. Certes, c’était dans d’autres parties du lagon : il est très profond par endroits, jusqu’à 50 mètres, et en partie ouvert vers le large, notamment côté Sud. Surtout, la culture des huitres perlières attire les petits prédateurs (tortues, raies), qui, eux-mêmes, en attirent de plus gros.
Je n’ai pas eu le temps de bien voir. Il m’a semblé que mon matinal ami squale était plus rondouillard qu’un gentil pointe noire. Un requin-citron ? Cette espèce n’est pas particulièrement renommée pour sa bienveillance envers les humains. Celui que l’infortuné plongeur avait croisé était un tigre. Il y a laissé palme et jambe. C’était mon petit plaisir du matin aux Gambier, mais je n’irai plus nager.
Plus sympathiques que les requins: les rémoras. Il y en a une dizaine en permanence sous le bateau. Ils nous aident à faire la vaisselle.
7 octobre 2024 – Mouillage de Rikitea, île de Mangareva, Gambier
20 heures – Alba nous a répondu! Alba, c’est la secrétaire du Club Nautico Reloncavi de Puerto Montt, au Chili. Son contact nous a été transmis il y a quelques jours par Daniel du voilier Belharra, lui aussi en partance pour le Chili. Nous seulement Alba nous a répondu très vite, mais sa réponse est positive: elle a bien une place pour nous fin novembre- début décembre. En prime, elle nous propose de gérer notre entrée officielle au Chili, avec envoi des papiers adéquats aux douanes, à l’immigration… Merci Alba!
Premiers échanges en espagnol avec le Chili. Ça se précise drôlement, cette affaire.
11 octobre 2024 – Mouillage de Rikitea, île de Mangareva, Gambier
13h30 – Ce matin, dernière balade avant le front pluvieux qui nous arrive dessus demain. Pour plusieurs jours, a priori. Jusqu’à 30 nœuds de prévus lundi prochain. Pensions nous lancer dans l’exploration des autres îles du lagon avec les bateaux-copains, mais attendrons que ça passe.
Du coup, on continue d’arpenter tous les chemins qu’offre l’île de Mangareva. Aujourd’hui, l’objectif était le bout de la route de l’autre côté de l’île, à sa pointe Ouest. Une route qui se transforme en piste, puis en chemin, puis en sentier herbeux… pour finir sur une plage minuscule flanquée de deux citronniers. Dont une quinzaine de fruits sont mûrs. Banco ! La pénurie guettait – et avec elle, celle du ti-punch sur le roof, tradition jadienne devenue quasi-sacrée. C’eût été dommage.
Sur le chemin du retour, croisons Tepa, une dame que nous voyons souvent au village : en terrasse du snack Teava, à la mairie, sur les bas-côtés de l’unique rue de Rikitea… Elle habite ici, sur cette route. Elle nous invite à la suivre dans son jardin : citronniers, pamplemoussiers, avocatiers, caféiers… Sur leurs branches, aucun fruit mûr, excepté pour un impressionnant jacquier. Nous connaissons ces fruits énormes (plusieurs kilos chacun) pour en avoir vu en Afrique – et en ce qui me concerne, avoir tenté en vain de comprendre comment ils se mangeaient. Tepa nous propose d’en prendre un. J’accepte. Je trouverai bien un tuto pour m’expliquer la bête…
Si nous parvenons à nous procurer un régime de bananes avant le départ, Christophe va pouvoir se relancer dans la confection de confitures. Et qui sait… quelques litchis, dont la saison vient à peine de démarrer, ne seraient pas de refus pour compléter la cambuse.
Litchis, avocats, mangues… Rien ne sera mûr ici avant notre départ! On se console avec les pommes jacques de Tepa.
8h30 – Alerte jaune aux orages depuis hier sur les Gambier. Les équipages des trois bateaux au mouillage ne mettent pas beaucoup le nez dehors. Heureusement, entre Manu de Diabolo qui est un pro des logiciels de cartes marines et Bernard, de Kea, qui a déjà planifié en détail leur prochain tour en péninsule Antarctique, les petites sessions de travail s’enchaînent à bord des différents bateaux. « Je t’apporte mon disque dur et on regarde ça ensemble ». « Tu resteras boire le café ? ». Deux couples géniaux dont nous ne connaissions rien il y a encore deux semaines. Magie de la vie de bateau.
17h30 – Aprem film-tisane dans le carré. Ambiance pré-patagone. Les Gambier nous offrent un avant-goût de ce qui nous attend, et nous permettent de nous extasier sur le design de notre bateau, pensé pour le froid. Jade nous permet de passer, s’il le faut, des journées à l’abri à l’intérieur sans étouffer, avec vue panoramique sur l’extérieur. Ici, le soir, lorsque le groupe électrogène est en route, Christophe me propose régulièrement (avouons-le) d’allumer le chauffe-eau quelques minutes, pour la douche du soir… Avouons-le encore : je ne dis jamais non.

14 octobre 2024 – Mouillage de Rikitea, île de Mangareva, Gambier
6h30 – Le charme de cette expression : « au saut du lit ». A 6 heures ce matin, j’ouvre un œil et Christophe, debout depuis 5 heures, me lance « aller, on va chercher le pain ! ». C’est que Sandrine, l’unique boulangère de Rikitea, nous a conseillé la dernière fois, pour ne pas risquer de rentrer bredouille au bateau, de passer « si possible avant 6 heures »… Instantanément, dans ma tête, j’avais lâché l’affaire. Sautons dans l’annexe, poussons notre petit moteur à fond jusqu’au quai, je saute à terre avec le porte-monnaie à la main. J’ai 10 minutes de retard mais ô miracle, il reste à Sandrine trois boules de pain et deux baguettes ! Je lui prends deux boules tout en m’enquérant de la santé de sa fille, évasanée la semaine dernière sur Tahiti. La boulangère, du coup, me remet rapidement : « ah mais oui, c’est vous le bateau qui va partir juste avant les premières litchis, vous êtes sûrs de ne pas vouloir rester un peu plus longtemps ? ».
12h30 – Avons retenu la leçon de notre dernière balade : maintenant, chaque fois que nous partons sur les chemins de Mangareva, emportons avec nous un grand sac à dos vide en cas de rencontre inopinée avec des arbres fruitiers. Les employées de la mairie à qui nous avons posé la question dès notre arrivée ont été claires : « si ça pousse au bord de la route, vous pouvez vous servir ». Aujourd’hui, revenons donc de notre balade en forêt avec un beau régime de bananes (le bananier n’avait pas résisté aux grosses averses de ces derniers jours), deux oranges et beaucoup de questions. Ces gigantesques feuilles de taro annoncent-elles, en-dessous, une racine comestible ? Ces grosses courges vertes que nous avons vues dans le sous-bois : sont-elles mûres ? Et ces tomates-cerises qui poussent comme des mauvaises herbes : sont-ce bien des tomates ? Je mitraille avec l’appareil-photo afin de pouvoir, une fois de retour au réseau du bateau, interroger mon appli-des-plantes. Verdict : les courges ne devraient pas être mûres avant un bon bout de temps et mes jolies tomates sont des baies toxiques…
Et hop, un bon régime de bananes!
Sur le retour, sommes dépassés par un camion (le seul de la matinée) dont la remorque déborde de choux. DES CHOUX! Ca se conserve facilement, rien de tel en traversée! Je me retiens de lui courir après. JSi l’on m’avait dit, il y a quelques années à Paris, qu’un jour j’envisagerais de courser un camion de choux… Depuis que nous sommes ici, tapons allègrement dans notre stock de conserves de Tahiti. Mais pour le départ, un peu de frais pour agrémenter le mois en mer qui nous attend serait un gros plus. Allons continuer de creuser le sujet.
17 octobre 2024 – Mouillage de Rikitea, île de Mangareva, Gambier
15 heures – Après-midi « grand-mères » au bateau. Ce matin, Christophe a pu acheter des fruits auprès de Nico, un habitant du rivage devant lequel nous sommes mouillés : bananes, papayes et corossols. Soizic et Manu de Diabolo ont complété le tout par quelques pamplemousses généreusement offerts par une dame du village. C’est parti pour une session desserts et confitures ! Pas de frais pendant des jours, et d’un seul coup, nous croulons sous les fruits…
L’orage est arrivé, on s’enferme dans le bateau. Retombée en enfance dans les effluves de sucre.
Apprendre à accommoder toutes sortes de fruits tropicaux inconnus: encore une vertu du voyage.
18 octobre 2024 – Mouillage de Rikitea, île de Mangareva, Gambier
11 heures – Ce matin, petite balade sur les crêtes. Dernier chemin mangarevien que nous avions à explorer. Ce soir, à l’Happy Hour du snack Teava, ce sera réunion au sommet avec les bateaux-copains : une courte amélioration de la météo se profile, enfin une occasion de partir explorer un bout de lagon. On s’octroie quelques derniers ronds dans l’eau polynésiens. Après: le saut dans le grand bain.
On remercie Bernard, capitaine de Kea, qui a pris en photo ses deux camarades de mouillage depuis le haut de son mât… Aller, santé!
















































































On vous aime,vous nous manquez,
Force et bravoure !
Haha, merci Abdel, vous nous manquez aussi!
On vous embrasse fort.
c est toujours un plaisir de suivre votre périple
les photos, les vidéos les commentaires au top.
bon voyage et bon vent..
jean marc
Toujours aussi sympa a vous lire! Merci ! ( et je vais essayer les confitures bananes)
Après ce mois de « Coolitude « aux Gambier, qui vous a permis comme toujours de faire de belles rencontres,et de découvrir ses îles simples, paradisiaques et accueillantes ,loin de la vie agitée de Papeete.Maintenant va pouvoir débuter pour Jade et son équipage le grand saut vers Puertomontt au Chili,ou le chauffage va commencer à être utile,la mer entre 12 et 14 °????.
Il reste a choisir si vous faites un stop sur l’île de Pacques, mais cela ne semble pas évident .on attend avec impatience la « fenêtre »de départ….
Un vrai documentaire sur les Gambiers. Qu’une envie! Y retourner! Bon courage pour la suite! Et bravo pour votre enthousiasme contagieux !
Il a suffi de ton premier paragraphe pour nous faire comprendre à quel point les Gambier sont l’un des rares derniers réceptacles de l’Humanisme qui nous est cher, mais que l’on est contraint de ne pouvoir qu’idéaliser.
Tout comme les voileux…. Et si ça continue, vous allez repartir en caravane.
Splendide, la feuille filigranée translucide, j’achète !
Et j’ai cru benoîtement que la « christophine » était la dénomination goguenarde de la recette de Christophe pour assaisonner la chayotte…
Et prévoyez beaucoup de citrons pour le Jadine que je préfère : le Ti.gro-punch !….
Bon portant, dès qu’il sera stabilisé
On vous embrasse
Chaque jour est une aventure
quel plaisir de vous lire
et ce complément photos-vidéos est au top
plein de choses pour cette traversée
Toujours autant d’excitation à la réception du message annonçant un nouveau paragraphe à votre aventure. Je voudrais que la lecture ne finisse pas, mais hélas, je dois attendre la prochaine vidéo ou le prochain épisode. Je voyage avec vous. A très vite
C’est un immense privilège de partager vos randonnées a travers ses paysages magnifiques. Merci pour tous ses coups de cœur. ici au Québec nous abordons la grisaille de l’hiver .Je peux ressentir vos émotions a travers vos capsules car j’ai moi même eu un voilier pendant 25 ans. Mais les circonstances de la vie ne m’ont pas donné l’occasion de pousser jusqu’au Pacifique. Prenez soin de vous et bon vent. J.P
bonjour Estelle et Christophe
je n’ai découvert vos vidéos et blog que récemment , je suis séduit par vos récits et admiratif devant un couple aussi dynamique que sympathique et j’espère pouvoir un jour vous rencontrer
amitiés et bon vent