Cette photo, c’était juste avant. Avant que le vent monte… "L’embouchure Ouest du détroit de Magellan est une section courte, mais la pire de toute la Patagonie. Son passage doit être planifié avec la plus grande prudence", disait notre guide. On a compris pourquoi.
Au Sud du Golfe des Peines, passage redouté des navigateurs, existe un village perdu. Il est habité par les derniers humains que nous rencontrerons d’ici l’arrivée. Avant et après, c’est l’isolement total… Sauf quand on peut compter sur les copains.
Nous n’avons pas beaucoup hésité. Le San Rafael, glacier le plus proche de l’Équateur à être situé au niveau de la mer, est réputé comme l’un des plus beaux du Chili. En voilier, il exigeait de nous un détour d’une semaine. Que nous ne regrettons pas.
Chiloé derrière elle, Jade découvre un tout autre monde: celui de l’archipel des Guaitecas, plus sauvage quoiqu’encore habité. Elle y fait l’expérience de son premier mouillage "à la patagonne", de son premier coup de vent… et de son dernier ponton avant un bout de temps.
Chiloé-la-bucolique, nous avons eu la chance de la découvrir sous le soleil, au rythme indolent d’une lancha chilota – avec quelques péripéties au long de la route, quand même, n’oublions pas que nous sommes en voilier. Un souffle de printemps avant d’entrer dans le vif du sujet…
Presque un an sans avoir navigué… Pour se remettre dans le bain en douceur et parce que nous sommes encore tôt en saison, Jade met d’abord le cap vers les fjords de l’Est du golfe d’Ancud, au cœur du parc national d’Hornopirén. Nos premiers jours coupés du monde…
Un peu de rab avant le saut dans le grand bain: c’est ce que nous nous sommes offerts ces deux dernières semaines à Puerto Montt. Accueil de la famille, fignolage des préparatifs, échanges avec de nouveaux bateaux en partance pour le Sud… Ce court bonus est loin d’avoir été inutile. Et maintenant, on part!
Il y a la remise en état du bateau après huit mois de stockage à terre. Il y a son adaptation à la navigation dans le froid. Il y a sa préparation à quatre mois d’autonomie, quatre fois plus qu’une transpacifique. Dit comme ça, un mois de préambule, ça ne paraît pas si long… Non?
Huit mois après avoir laissé Jade à sec à Puerto Montt, c’est un franc soleil qui nous accueille au Chili. Nous arrivons relativement tôt en saison, l’hiver austral commence à peine à battre de l’aile… Alors pour encaisser le choc thermique, on s’active!
Après un mois en mer nous redécouvrons, émerveillés, la vie terrienne. Pas n’importe laquelle : celle de Puerto Montt, dernière grande ville du Sud du Chili, porte d’entrée des canaux de Patagonie… Il nous faut l’abandonner au bout d’un mois car la France nous rappelle, mais ce n’est que partie remise. Rendez-vous en septembre 2025!

